Politiques publiques et opinion. Théorie et applications du Public Policy Mood

Le 22 mars 2012 de 14h00 à 17h00 Salle Pacte/Politique&Organisations

Séance avec Vincent Tiberj

La discussion est animée par Céline Belot et Guillaume Roux

L’un des problèmes auxquels sont confrontés les chercheurs qui s’intéressent au lien entre opinion publique et action publique est l’absence de séries de données qui permettent de suivre l’évolution des opinions sur le moyen et long terme. Vincent Tiberj a présenté une méthode permettant de résoudre ce problème, celle du public policymood, traduit en frnaçais par indice longitudinal de préférence, inventée aux États-Unis par James Stimson.

Le public policymood est créé à partir d’une compilation de séries de données relatives aux demandes des citoyens en matière de politiques publiques quel que soit le domaine (pour le cas américain, 231 séries de données entre 1952 et 2008). Cela permet d’évaluer sur le long terme le « mood » en matière de demandes publiques. Le fait de compiler de nombreuses séries de données permet de « remplir » les ruptures de séries, le mood permettant d’inférer les données manquantes eu égard à leur relation avec d’autres séries de données. James Stimson soutient que pour les Etats-Unis ce mood est unidimensionnel. Dans le cas français, deux indices longitudinaux de préférences ont été créés : l’un sur les données sociales, l’autre sur les données culturelles. Les travaux réalisés à partir de ces indices, à la fois aux Etats-Unis et en France montrent que les demandes des citoyens sont très directement liés à la politique de leurs gouvernants : lorsque les gouvernants sont conservateurs, les citoyens expriment plus de demandes quant à l’intervention de l’Etat, lorsque les démocrates ou les socialistes sont au gouvernement, ces demandent diminuent. C’est ce que Christopher Wlezien a appelé la dynamique thermostatique des opinions.

La possibilité de créer des moods sectoriels apparaît particulièrement alléchante. Pour autant, l’outil n’est pas sans poser un certain nombre de questions : ne sous-estime-t-on pas d’autres sources de changements que les changements thermostatiques ? Notamment le changement générationnel et la « révolution silencieuse » qui l’accompagne ? Le changement est-il le fait d’une majorité ou d’une minorité ? Le mood permet-il de prévoir le résultat des élections ? En quoi le mood, processus continu, peut-il permettre de saisir les ruptures provoquées par certaines politiques publiques (telle l’abolition de la peine de mort ou l’instauration du Pacs par exemple) ? Enfin, en quoi le mood permet-il de répondre aux enjeux analytiques et méthodologiques que pose la question du lien entre opinion et politiques publiques ? Ces questions ont fait l’objet de discussions nourries au sein du séminaire, et nous vous proposons de poursuivre la discussion avec nous lors de prochaines séances !

Pour aller plus loin :

Stimson, James, Tiberj, Vincent, Thiebaut, Cyrille (2010), « Au service de l’analyse dynamique des opinions. Applications aux évolutions de la xénophobie en France (1990-2009) », Revue Française de Science Politique, vol.60 n°5, p.

Stimson, James (2004), Tides of consent: how public opinion shapes American politics, Cambridge, Cambridge University Press, 181 p.

Salle Pacte/Politique&Organisations

Domaine Universitaire, 1030 avenue centrale
38400 St Martin d\'Hères

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