Renouvellements méthodologiques de l’histoire de la pensée politique

Le 09 mars 2017 de 14h00 à 16h00 Sciences Po Grenoble

Un séminaire Séminaire TEMPO – Temporalités et politiques, le 9 mars 2017.

Les deux papiers suivants seront présentés pour alimenter la réflexion :

  • Kevin Brookes : « La circulation transnationale du néo-libéralisme au prisme de l’histoire contextuelle des idées politiques » (discutant : Elsa Guillalot)
  • Jean-Baptiste Devaux : « Genèse d’un savoir de gouvernement : l’émergence de l’économie de la connaissance au regard de son contexte de production (1975-1990) » (discutant : Ouassim Hamzaoui) »

L’histoire des idées politiques a pâti en France d’un faible reconnaissance académique liée à son éclatement dans plusieurs discipline (Roche 2013; Angenot 2014). Ceci explique en partie le caractère récent de la réception dans l’espace académique francophone du renouvellement méthodologique de l’histoire des idées politiques. On pense notamment aux débats autour du programme de l’école de Cambridge (Spitz 1989; Gautier 2004; Matonti 2011) ou l’histoire des concepts en Allemagne (Dosse 2003; Escudier 2010), ainsi qu’une réflexion sociologique sur la nature des textes et de leur auteur posant les jalons d’une histoire sociale des idées s’inscrivant dans la lignée des travaux de Pierre Bourdieu (Matonti 2013). Toutes ces approches ont pour point commun de se poser en rupture avec l’histoire « classique » des idées. Cette dernière assigne à l’historien la responsabilité d’identifier les thématiques et les questions ayant traversé les siècles et auxquels auraient répondu des « grands auteurs ». Cette approche a notamment contribué à alimenter une historiographie d’inspiration libérale réduisant l’histoire des idées à l’identification des amis et des ennemis de la tradition de la liberté de Platon à nos jours (Popper 1990; Nemo 2013). Contre cette vision intellectualiste enfermant l’histoire des idées dans une illusion essentialiste et rétrospective, la « nouvelle histoire des idées politiques » (Skornicki and Tournadre 2015), au-delà de la diversité de ses chapelles, a pour objectif de remettre au coeur de l’étude des idées les conditions historiques de leur production et de leur réception. Pour les tenants de l’approche contextualiste, au-delà de la simple lecture des textes canoniques, il incombe à l’historien de considérer les idées comme des actes de langage à part entière, c’est-à-dire comme des actions stratégiques. Pour ce faire, il se doit de saisir l’intention des auteurs, c’est-à-dire ce qu’ils ont voulu faire en écrivant (Skinner 1969). Il convient de dépasser l’opposition entre une analyse internaliste se bornant à la restitution et au commentaire des propriétés internes des textes, et une approche externaliste chérie notamment par les marxistes, se contentant de réduire les textes aux conditions sociales et économiques de leur production. Ceci implique d’analyser le contexte politique et discursif (le langage et les
conventions linguistiques au sein desquels s’opèrent les débats politiques du moment) dans lequel s’inscrit les textes politiques. Il lui faut ainsi analyser, au-delà des textes canoniques, des textes secondaires pour s’imprégner de l’univers des représentations dominant du moment dans une démarche compréhensive restituant la subjectivité des auteurs (Caré 2013).
Les travaux se reconnaissant derrière le label d’histoire sociale des idées politique offrent ainsi de nouvelles perspectives d’étude pour les idées politiques entendues dans une large acception, à savoir comme mise en forme savante du monde sociale (Payre, Pollet, 2013). En conséquence, l’étude des savoirs et des sciences de gouvernement s’enrichit de cette démarche dans sa volonté de mettre en évidence les régimes de certification des savoirs (Pestre 2015, Payre Vanneuville 2003), les processus circulatoires ayant cours (Bourdieu 2002) ou encore les logiques d’importations entre champs (Siméant, 2002). Saisis au prisme de cette méthode, les savoirs économiques offrent des cas d’étude stimulants et donnent ainsi à penser les processus de construction sociale de la réalité ainsi que les logiques d’hybridation entre champs intellectuels et politiques (Lebaron 2000, Skornicki 2011, Steiner 2012).
On le constate, le programme méthodologique des historiens des idées en rupture avec la vision classique de la discipline est ambitieux et amène un certain nombre d’interrogations pour l’historien ou le politiste. Comment mettre en place un protocole d’enquête permettant de saisir en finesse le contexte politique et rhétorique présidant à l’écriture des textes politiques ? Comment restituer l’intention des auteurs et la force illocutoire de leurs idées ? Quel rôle attribuer aux idées dans les logiques de la compétition politique et la mise en oeuvre des politiques publiques ?

Salle Domenach

Sciences Po Grenoble

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