Trois énigmes sur la construction des intérêts territorialisés, 20-21 décembre 2007

20-21 décembre 2007 à l’IEP Grenoble

Télécharger le programme des deux journées

A la croisée entre plusieurs disciplines constitutives des sciences sociales, la notion de territoire a récemment fait l’objet de multiples déclinaisons (territoire, territorialité, territorialisation) pour permettre d’appréhender les transformations des sociétés contemporaines et la recom-position des échelles dans un contexte de gouvernance à niveaux multiples. Du point de vue des spécialistes de l’action publique, l’enjeu consiste à identifier les modalités d’émergence d’espaces d’interdépendance et d’action collective entre les acteurs participant à la production de l’action publique. Or les dynamiques d’intégration des intérêts varient considérablement entre les territoires, en fonction de la capacité des acteurs locaux à fédérer les intérêts et les ressources locales.

Ce dernier élément est à l’origine de ces controverses d’automne, qui auront pour objet d’explorer l’énigme que constitue la construction d’un intérêt territorialisé. Trois thèmes seront développés à cette occasion, à la croisée des travaux des politistes, des géographes, des urbanistes, des sociologues et des économistes : le territoire comme ressource pour l’action collective, la standardisation/ différenciation de l’action publique, et enfin les effets inégalitaires de la territorialisation.

Jeudi 20 décembre 2007
9h-10h : accueil autour d’un café-croissants
10h-13h : LE TERRITOIRE COMME RESSOURCE POUR L’ACTION COLLECTIVE ?

Dans un contexte de gouvernance à niveaux multiples, les cadres de légitimation caractérisés par la prééminence de l’Etat, du « bien commun » et de « l’intérêt général » ont perdu de leur centralité, tandis que l’on assiste à la recomposition de dynamiques d’intégration des intérêts sur une base territoriale. Celles-ci sont le fait d’acteurs politiques, économiques et sociaux hétérogènes, motivés par des intérêts souvent contradictoires, mais qui partagent une même volonté d’être associés à l’élaboration et à la mise en œuvre de l’action publique dans leurs territoires respectifs.

Ce phénomène est la source d’une double interrogation. La première porte sur le caractère inadéquat des classifications en termes de NIMBY pour rendre compte de ces dynamiques de l’action collective. Les identités locales transforment-elles, par exemple, la nature des mobilisations sociales et politiques ? La seconde concerne les fondements de la construction du territoire comme ressource pour l’action collective, qu’elles soient spatiales, économiques ou sociales. Quels sont les facteurs qui expliquent ce processus, et quels sont les effets contraignants pour l’action collective ?

15h-18h : UNE ACTION PUBLIQUE STANDARDISEE OU DIFFERENCIEE ?

En creux, les travaux sur la territorialisation mettent en scène une solide controverse académique opposant ceux qui diagnostiquent un mouvement de standardisation de l’action publique et ceux qui repèrent plutôt les indices d’un processus de différenciation territoriale. Ce clivage pose la question de la diversité des territoires (institutionnels, stratégiques, vécus, fonctionnels…) et des conditions scientifiques de leur comparabilité.

Dans un contexte où la prise de décision apparaît à la fois multi-partenariale et « située » à différentes échelles, il devient très difficile de mesurer le degré de changement ou d’innovation directement lié à des effets de territorialité. Le souci de « rentabilité » des programmes publics locaux entraîne-t-il des comportements de mimétisme professionnel et d’isomorphisme institutionnel ou, au contraire, les « projets de territoire » accentuent-ils le brouillage des référentiels nationaux et sectoriels ? La fin des grands récits partisans préfigure-t-elle un pragmatisme raisonné et standardisé, ou valorise-t-elle les sentiers de dépendance et les récits singuliers que chaque configuration territoriale véhicule selon sa culture politique et son histoire institutionnelle ?

Vendredi 21 décembre
9h-12h : LA TERRITORIALISATION, UN PROCESSUS PRODUCTEUR D’INEGALITES ?

La construction de l’intérêt territorial et la conduite de l’action publique impliquent une diversité d’acteurs engagés dans des jeux de négociation et de transaction. Si les conditions de production de l’action publique sont au cœur de l’agenda scientifique, les effets de sa territorialisation demeurent relativement inexplorés du point de vue de la justice et de la cohésion sociales. La territorialisation de l’action publique, c’est-à-dire son inscription et sa production dans une échelle spatiale donnée, peut-elle être une source de nouvelles inégalités sociales et spatiales ? Pour ouvrir ce questionnement, les nouvelles dynamiques de l’action publique (configurations d’acteurs, jeux de pouvoir, transactions) méritent d’être examinées. Celles-ci accentuent-elles ou transforment-elles ces inégalités ? Cette perspective d’analyse implique de revenir sur les discours, les pratiques et les postures liés la territorialisation de l’action publique, notamment lorsque sont mobilisées les images de la proximité, du pluralisme et de la participation. Certains débats en cours, comme ceux sur la gentrification, la ségrégation urbaine ou la diversité culturelle, ne permettent-ils pas d’alimenter ces controverses sur les effets inégalitaires de la territorialisation ?

14h-16h : SYNTHESE DES TRAVAUX AVEC 5 GRANDS TEMOINS :
Alessandro Balducci, Patsy Healey, Pierre Muller, Emmanuel Négrier et Franck Scherrer


LES REGLES DU JEU…

Pendant deux journées, ces 1ères controverses d’automne accueillent à l’Institut d’études Politiques de Grenoble 24 jeunes chercheurs européens. Ces derniers présentent leurs résultats de thèse pour éclairer trois « énigmes » scientifiques (une par demi-journée). Des textes, mis en ligne au préalable, précisent les grandes lignes de chaque argumentaire. Après une présentation orale concise (sept minutes, comme un bon sermon dominicain…), les controverses sont alimentées par des discutants et par l’assistance.

Contacts : controverses@iep.upmf-grenoble.fr

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