Cal Le Gall soutient sa thèse

Titre de la thèse : Intégration européenne, globalisation économique et comportement électoral. Comment les électeurs répondent-ils aux transferts d'autorité (économique)?

 

Résumé :  
L'intégration européenne et la mondialisation économique se sont considérablement développées dans les démocraties européennes ces dernières décennies. Cela a contribué à réduire les marges de manœuvre économiques des gouvernements. Dans le même temps, l'UE a acquis de nouvelles compétences au détriment des gouvernements. Dans cette thèse, j'examine l’impact de ces transferts d’autorité sur le comportement électoral. Pour ce faire, je m'appuie sur plusieurs données de sondage et je teste plusieurs hypothèses reliant les processus d'intégration au comportement de vote dans une perspective comparative en utilisant (principalement) des données au niveau individuel. La première partie analyse l’impact des contraintes économiques sur différentes caractéristiques du vote : le vote sur performance, le vote sur enjeu, l’abstention et les fortunes des partis traditionnels. D’abord, je soutiens que les contraintes économiques sont susceptibles de changer la structure des demandes individuelles. Précisément, je fais l’hypothèse que les considérations économiques auront moins d'importance dans le vote avec l’augmentation des contraintes. Dans le même temps, les enjeux non-économiques devraient prendre plus d’importance. La première hypothèse est confirmée dans les modèles de vote sur performance (chapitres 1 et 4), alors que la seconde est validée dans les modèles de vote sur performance (chapitre 1) et de vote sur enjeu (chapitre 2). En outre, je soutiens qu’en réduisant les bénéfices du vote, l'intégration économique augmente le vote sincère. En conséquence, probabilité de voter pour les partis contestataires qui, en règle générale, ont moins de succès dans les élections avec enjeu devrait augmenter. Les résultats montrent que les individus qui perçoivent des contraintes économiques sont plus enclins à favoriser les partis contestataires en défaveur des partis de gouvernement dans l'opposition. Je soutiens également que les contraintes économiques devraient affecter négativement la probabilité de voter. En réduisant la polarisation et en diminuant l’impact des élections sur les politiques publiques, l'intégration économique fournit des incitations à s'abstenir. Les résultats indiquent que les citoyens qui perçoivent des contraintes économiques s’abstiennent un peu plus (chapitres 3 et 4). Néanmoins, il n’existe aucun lien entre abstention et contraintes européennes. Ensuite, les résultats suggèrent que l'augmentation des pouvoirs de l'UE n'influence pas le comportement de vote, à l'exception du vote économique national (chapitre 4). En effet, les citoyens qui considèrent l’UE responsable de la situation économique ne choisissent pas plus les partis sur les questions européennes lors d’élections nationales (chapitre 5) et ne sont pas plus enclins à récompenser ou punir les gouvernants européens en fonction de leurs bilans (chapitre 6), même après le traité de Lisbonne. En revanche, les individus qui considèrent l’UE responsable jugent moins les sortants sur leurs bilans économiques aux élections nationales, notamment après la crise des dettes souveraines (chapitre 4). Le chapitre 7 indique enfin que les citoyens parviennent à récompenser l’UE sur ses bilans en étudiant l’évolution des fonctions de popularité de l'UE. Si la participation électorale et la diversité de l'offre politique sont considérées comme de bons indicateurs de la démocratie, le fait que le développement de l'intégration économique (européenne) réduise ces derniers ne devrait pas être considéré comme une bonne nouvelle. Cette thèse fournit néanmoins des signes positifs concernant la démocratie en période de contraintes : les électeurs semblent répondre aux contraintes, non seulement en réduisant le poids des enjeux économiques, mais aussi en mettant l'accent sur de nouveaux enjeux. Les électeurs ne semblent pas dupes: ils s'adaptent simplement à la nouvelle configuration et évaluent les actions de leurs représentants sur les questions où ils ont encore des pouvoirs.

 

Jury :

  • M. Raul MAGNI-BERTON, Sciences Po Grenoble, Directeur de thèse
  • M. Nicolas SAUGER, Sciences Po Paris, Rapporteur
  • M. Reinhard HEINISCH, Université de Salzbourg, Directeur de thèse
  • M. Philipp HARFST, Université de Salzbourg, Examinateur
  • Mme Virginie VAN INGELGOM, Université Catholique de Louvain, Examinateur


Chercheur.e.s impliqué.e.s :