Démission de Gérard Collomb : crise politique ou crise de régime ?

Démission de Gérard Collomb : crise politique ou crise de régime ?

Entretien au Figarovox

Publié le 03/10/2018 à 19:08 - FIGAROVOX

 

En dépit des soubresauts politiques provoqués par la démission de Gérard Collomb, Pierre Bréchon nuance l'importance de la crise. Selon lui la chute de popularité de Macron tient d'abord à son style de présidence.

Pierre Bréchon est professeur à Sciences Po Grenoble.

 

FIGAROVOX.- Gérard Collomb vient de démissionner au terme d'une séquence politique extrêmement confuse. Cette crise est-elle une simple épine dans le pied supplémentaire, ou met-elle durablement à mal la présidence d'Emmanuel Macron?

Pierre BRÉCHON.- Il s'agit bien sûr d'un événement important, mais je ne crois pas que cette séquence soit de nature à ruiner le quinquennat. Il y a toujours eu, dans l'histoire de la Vème République, beaucoup de ministres démissionnaires, et ce pour des raisons très variées: les Premiers ministres restent souvent assez stables, mais les autres membres du gouvernement restent souvent en place moins longtemps. En 2017, Macron s'est entouré d'un exécutif aux profils très divers, dans le but de déstabiliser les grands partis de gouvernement, déjà passablement en crise. Son but a été de transformer en profondeur un système devenu quasiment bipartisan, mais fragilisé par les dissensions internes au sein des partis et par une crise majeure de confiance politique. Cette diversité des ministres, des députés et des sympathisants de la majorité explique qu'un certain nombre de tensions soient apparues au cœur du pouvoir, et conduit à la démission de Gérard Collomb et de Nicolas Hulot. Ces démissions ne sont pas la cause d'une crise au sein du camp d'Emmanuel Macron, elles sont les effets de cette diversité mal régulée.

 

Pendant ce temps, la popularité du Président est en chute libre depuis dorénavant plusieurs mois…

La popularité du Président avait plutôt assez bien résisté à sa première année de pouvoir, puisqu'environ 45 % des Français se déclaraient en avril satisfaits de son action, soit nettement plus que pour ses deux prédécesseurs à la même période. C'est sur les mois de l'été 2018 que la popularité du président s'est effondrée d'environ 10 points. Il est difficile d'en déterminer les causes ; on peut penser que les cafouillages commis lors de l'affaire Benalla ont eu un impact, mais que c'est aussi lié au style jupitérien et à des politiques présidentielles qui commencent à lasser des Français, qui, jusque-là étaient encore sous le charme.

 

Ainsi Macron, comme Hollande et Sarkozy avant lui, n'a pas profité longtemps de «l'état de grâce». Pourtant, il s'était justement posé comme une alternative aux forces politiques traditionnelles dont émanaient ses prédécesseurs?

Oui, Emmanuel Macron a représenté cet espoir qu'on pouvait faire de la politique autrement et sortir des alternances gauche/droite qui semblaient finalement - à tort ou à raison - ne pas aboutir à changer grand-chose dans les politiques suivies par les gouvernements successifs. Mais il est aujourd'hui très difficile pour l'exécutif de garder la confiance des citoyens. Les Français sont à la fois particulièrement pessimistes sur l'évolution de la société et de la politique et particulièrement critiques à l'égard de ses élites, comme les enquêtes sur les valeurs des Français et des Européens le montrent.

 

En somme, selon vous, la démission de Gérard Collomb n'est qu'une affaire de politique lyonnaise, sans trop d'incidence sur le quinquennat, qui souffre en revanche d'une défiance structurelle des Français dans le pouvoir en place?

Il semble bien que la démission de Gérard Collomb ait beaucoup à voir avec sa priorité lyonnaise et la nécessité pour lui, s'il veut être réélu en 2020, de convaincre son réseau d'élus, passés en masse du socialisme au macronisme, qu'il est toujours l'homme de la situation. En effet je pense que le devenir du quinquennat se joue plutôt sur les politiques mises en œuvre que sur le départ de tel ou tel. Le président va-t-il continuer sur une orientation économique libérale ou impulser des inflexions plus sociales dans les réformes? C'est là le sujet qui me semble au cœur des enjeux que soulève sa perte de vitesse dans les sondages. C'est aussi, probablement, pour ne pas être associé à cette orientation libérale qui paraît mépriser les considérations sociales chères à la gauche lyonnaise, que Gérard Collomb a souhaité quitter le navire. C'est d'autant plus significatif sur le plan politique que Gérard Collomb avait, il y a deux ans, provoqué un ralliement massif des socialistes de sa ville vers le candidat d'En Marche.

 

Interview recueillie par Paul Sugy



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