Estienne Rodary soutient son HDR

Résumé : Ce mémoire porte sur les politiques de conservation de la nature en Afrique australe et présente une théorie de la connectivité. Partant d’une analyse en termes d’espaces « de projection », il cherche à caractériser les relations aux milieux naturels et à la faune, en détaillant leur diversité selon les acteurs, les lieux et les injonctions de connexions socio-spatiales déployées dans la conservation depuis les politiques participatives jusqu’aux politiques transfrontalières. Suivant une typologie non exhaustive de ces espaces de projection, il s’intéresse en particulier aux négociations des distances sociales et écologiques qui existent autour de l’Afrique du Sud, où la tentative coloniale de ségrégation spatiale a très rapidement été menacée par la coprésence, ce qui justifia historiquement les politiques d’apartheid (contrôle des déplacements plus que des frontières). Cette impossibilité de procéder à une purification moderne a conduit à répondre de manière singulière aux enjeux de coexistence, qu’il s’agisse des populations humaines ou des animaux. Ce faisant, l’Afrique australe s’avère être un lieu particulièrement propice aux questionnements qui se déploient autour de la connectivité, entendue comme une prise en compte de la proximité.

Dans ce contexte, le travail questionne la place contemporaine de la connectivité et les incidences que cette notion a sur notre rapport au Monde. La connectivité est bien plus qu’un concept d’écologie ; elle s’inscrit au cœur des politiques contemporaines et s’impose comme référentiel global d’un monde libéral, liquide et réticulaire, recouvrant son éloge comme sa critique. Cette mise en politique de la connectivité a généralement été réduite à l’une de ses manifestations les plus courantes, la mise en réseaux. Le mémoire propose de combler cette lacune en retraçant l’histoire de la connectivité, depuis les premières formulations de la cybernétique jusqu’aux formes les plus récentes d’un univers connecté, puis en proposant quelques éléments pour une théorie de la connectivité.

Cette théorie, dépassant l’opposition entre vision technophile/libérale et critique environnementale, montre que la connectivité opère un vaste champ de renégociation des distances (au sens sociogéographique de métriques) qui fondent les relations humaines dans leurs liens au Monde et à la nature. Ce faisant, c’est le projet moderne de dépassement et d’incommensurabilité qui est remis en cause, non pas comme critique politique ou éthique abstraite (ce que fait généralement la pensée environnementale) mais comme constat d’une modification des pratiques de la modernité qui pourrait à terme renverser radicalement notre conception des limites et donc nos rapports aux autres. La connectivité témoigne ainsi de configurations sociales où la rencontre de l’autre, grand récit de la géographie et de l’anthropologie, est progressivement remplacée par des enjeux de remise à distance dans un contexte d’indigénité globale. À ce titre, les politiques de translocation, en tant que manifestation d’une distance souveraine, pourraient définir l’époque connective comme les camps ont pu caractériser l’époque moderne.

Sujet : Politiques de connectivité. Conservation de la nature et fin de la modernité en Afrique australe

Lieu :

La soutenance aura lieu à 14h00 le 13 décembre 2016, à l’université Grenoble-Alpes, salle des Actes, Institut de géographie alpine, 14 bis avenue Marie Reynoard, 38100 Grenoble.

Jury : 

Xavier ARNAULD DE SARTRE, chargé de recherches HDR en géographie, CNRS, rapporteur

Daniel COMPAGNON, professeur de science politique, Sciences Po Bordeaux, examinateur

Juliet J. FALL, professeure de géographie, université de Genève, examinatrice

Rebecca D. HARDIN, Associate Professor in Anthropology, University of Michigan, rapporteuse

Stéphane HÉRITIER, maitre de conférences HDR en géographie, université de Saint Etienne, rapporteur

Hervé REGNAULD, professeur de géographie, université de Rennes 2, examinateur

Olivier SOUBEYRAN, professeur de géographie, PACTE, Université Grenoble-Alpes, garant