“Islamo-gauchisme” : une atteinte grave aux méthodes scientifiques

“Islamo-gauchisme” : une atteinte grave aux méthodes scientifiques

Face à l’irruption sur la scène médiatique de propos visant à disqualifier les Sciences Humaines et Sociales, PacteLaboratoire de Sciences Sociales (UMR5194) souhaite procéder à une série de clarifications. 

 

Parler d' “islamo-gauchisme” est un débat initié par l’extrême droite et aujourd’hui repris de façon abusive et instrumentalisée par des membres du gouvernement. Ce mot fait un amalgame opportuniste entre d’une part analyser scientifiquement les discriminations à l’oeuvre dans la société et, d’autre part, faire le lit du terrorisme. Ce terme n’est en aucun cas un concept scientifique.

 

Ce mot vise à stigmatiser, en les présentant comme des idéologues extrémistes, tous les universitaires qui s'attachent à dévoiler, mesurer et analyser les inégalités dans la société. Les discriminations (inégalités sociales, géographiques, de race, de classe ou de genre, etc.) existent, la crise de la COVID19 est en train de les exacerber. Ne pas les étudier est éthiquement inexcusable. Les approches développées dans les études postcoloniales, décoloniales et de genre sont des méthodes pour analyser les relations entre groupes sociaux et les rapports de pouvoir. Ce sont des outils scientifiques construits et reconnus de manière internationale, diffusés dans les revues d’excellence des communautés scientifiques concernées. Les connaissances produites dans ce contexte sont évaluées de manière objective et rigoureuse par des agences internationales. 

 

Les discours qui utilisent l'expression d' “islamo-gauchisme” sont pernicieux en ce qu'ils affirment que toute recherche engagée contre les inégalités est nécessairement une production idéologique, partisane et non scientifique, ce qui est très largement faux. L’engagement de certains universitaires pour combattre les inégalités et les discriminations qu’ils mettent au jour peut se faire dans le respect scrupuleux des canons de la rigueur scientifique et en utilisant avec honnêteté des méthodes éprouvées. 

 

Ces méthodes exigent de tous les scientifiques qu’ils explicitent leurs engagements, comme tout autre facteur susceptible d’influencer leur recherche, notamment les conflits d’intérêt. Les études de genre, les analyses intersectionnelles, les approches décoloniales ou postcoloniales ne font pas exception. Ces recherches sont tout aussi scientifiques et légitimes que les autres.

 

Dénoncer le militantisme de certains chercheurs et certaines chercheuses pour disqualifier leurs résultats de recherche c’est faire acte d’ignorance délibérée vis-à-vis de la production scientifique contemporaine et de la robustesse des méthodes mises en œuvre. Il n'appartient pas au pouvoir politique de dire ce qui est scientifique ou non, ni de juger de la qualité scientifique d'un travail universitaire, ni de labelliser des ensembles de recherches qui lui déplaisent.

 

Les résultats scientifiques participent du patrimoine commun. Ils sont aussi là pour aider à la prise de décisions en vue de réduire les inégalités. Les sciences peuvent jouer  un rôle transformatif dans les contextes de crise. 

 

Attaquer la “scientificité” des sciences sociales, c’est combattre le pouvoir de vérité de la science en général dans un monde où les  “fake news” contribuent de plus en plus à la désinformation croissante. C’est fragiliser toute l’université et le rôle essentiel qu’elle joue dans la société dans la recherche d’un bénéfice électoral partisan.

 

Fait à Grenoble, le 3/3/2021,

Le conseil de laboratoire et sa direction.

 




Contact : 
Anne-Laure AMILHAT SZARY
Ouvert à tous