Le poids des pratiques administratives dans les représentations de l'Etat et de l'action publique

Alexis Spire, directeur de recherches au CNRS

Le rapport à l’Etat est le plus souvent analysé à l’aune d’enquêtes internationales mesurant les valeurs, la confiance et l’attachement à l’Etat. Dans ces enquêtes, la France apparaît comme un cas paradoxal : alors que l’État occupe une place prépondérante, la société se caractérise par un niveau élevé de défiance et d’incivisme. Dans cette communication, on voudrait revenir sur ce paradoxe à partir des résultats d’une enquête inédite menée auprès d’un échantillon représentatif de  2900 personnes.

L’enjeu est de montrer que le rapport à l’État ne se réduit pas à un corpus d’opinions, mais s’appréhende différemment selon les positions sociale et se mesure à l’aune des expériences quotidiennes au contact des diverses administrations. Il y a tout d’abord des effets de socialisation : les institutions sont pour les populations gouvernées des instances qui produisent des effets différents selon les relations sociales qui s’y nouent. Il y a également des effets liés aux inégalités : les différences de ressources pour accéder à l’information, utiliser des procédures et solliciter les professionnels induisent des variations dans les façons de faire valoir ses droits et, par voie de conséquence, de se représenter l’Etat. Enfin, si l’on considère l’application de la loi comme une arène au sein de laquelle se jouent des conflits d’interprétation et des rapports de force, on peut faire ressortir une grande diversité de conduites et de stratégies, pouvant aller du consentement à la résistance, en passant par toutes les formes hybrides de négociation.




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Claire Dupuy
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