Les débuts d’une trajectoire post-AVC : l’évaluation des pertes motrices et cognitives en neurologie

Les débuts d’une trajectoire post-AVC : l’évaluation des pertes motrices et cognitives en neurologie

Première cause de handicap acquis chez l’adulte, l’Accident Vasculaire Cérébral, ou AVC, peut brutalement faire disparaître ou empêcher, de façon provisoire ou non, un grand nombre de capacités de la vie quotidienne des patients qui en sont atteints, dans des domaines physiques ou intellectuels très divers. Mais, et c’est là une spécificité importante de la pathologie au regard du handicap, ces altérations peuvent aussi être entièrement ou en partie réversibles, et l’AVC pose de façon tout à fait particulière la question de la récupération potentielle des pertes tout comme, de façon plus classique, celle de l’adaptation des individus aux handicaps acquis.

Mon enquête ethnographique, menée pendant plus d’un an dans différents services de neurologie et de rééducation cérébrolésion (un service de neurologie d’un CHU, un service de rééducation du même CHU et un centre de rééducation privé), vise à analyser deux objets principaux dans le parcours institutionnel des patients :

- « Sociologie des pertes » : il s’agit d’abord d’étudier les formes prises par les «pertes» (les savoirs et habiletés considérés comme perdus ou altérés suite à l’AVC) et les logiques sociales de leur évaluation.

- « Sociologie des réapprentissages » : il s’agit ensuite d’étudier le travail de récupération des compétences qui est engagé suite à ces pertes, à l’hôpital (dans les différents services qui composent le parcours hospitalier du patient) et hors l’hôpital.

 

Muriel Darmon

Mon intervention à Grenoble concernera plus spécifiquement la première de ces deux questions, et la phase hospitalière en neurologie, et non en rééducation, des trajectoires des patients.

Après l’arrivée aux urgences, l’hospitalisation en neurologie constitue un moment décisif des débuts des trajectoires de santé post-AVC. Je me concentrerai dans un premier temps sur le travail effectué par l’équipe médicale pour évaluer les pertes subies par le patient, sur les plans moteur et cognitif, suite à l’AVC. Je montrerai comment, au diagnostic et à la mesure médicale des déficits moteurs se superpose souvent, dans le service, un codage des effets cognitifs de la pathologie sur le patient, qui fait intervenir des jugements sociaux de classe et de genre. Je montrerai également comment l’évaluation des pertes connaît elle-même une trajectoire, en m’appuyant sur l’observation des consultations qui se font à distance de l’hospitalisation en neurologie : les compétences, capacités ou habiletés perdues sont progressivement redéfinies au cours d’une discussion entre patients et médecins qui fait intervenir des catégories de perception socialement situées chez les différents acteurs de cette discussion. Au delà de la description d’un moment décisif de la trajectoire médicale des patients, l’enjeu plus général sera ici de montrer les diverses façons dont le biologique et le neurologique sont socialement perçus, codés, mesurés, et décrits, et de suggérer l’existence d’effets réels de ces diverses interprétations professionnelles et profanes sur les trajectoires des patients.

Cycle de séminaires co-organisé  l’équipe « Régulations » du laboratoire Pacte et par la Structure Fédérative de Recherche « Santé et Société ».

 




Cycle de séminaire : 
Ouvert à tous
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