MéthéoGéo : Où allons-nous ? Qui sommes-nous ? Que cherchons-nous ?

Où allons-nous ? Qui sommes-nous ? Que cherchons-nous ? Parcours géographiques autour de l’œuvre de Jean-François Staszak

 

Résumés des interventions

La trajectoire d’une firme révélatrice du caractère culturel de l’économie : d’Usinor à Arcelor-Mittal ou le triomphe de la financiarisation, Marjolaine Gros-Balthazard

La dernière crise économique, véritable accélérateur de la désindustrialisation, témoigne de la vulnérabilité économique actuelle des territoires historiquement industriels. Ces territoires font face depuis plus de 40 ans à des mutations structurelles (gains de productivité, externalisation) qui expliquent, en partie, le déclin des emplois industriels. A cela s’ajoute l’exacerbation de la concurrence internationale alimentée de façon croissante par la financiarisation des économies. Or, ce processus de financiarisation apparait comme un élément clé pour réinterroger la participation du territoire aux dynamiques de l’activité économique.

Nous rejoignons Staszak, et d’autres auteurs, sur l’idée que la géographie économique est culturelle, la culture imprégnant l’ensemble de l’économie. L’expansion du capitalisme financier, parallèlement à l’essor de l’Etat néolibéral, l’illustre parfaitement. En effet, depuis les années 1980, le « mythe » du marché autorégulateur se développe alors que les marchés font l’objet d’une construction active.  En retraçant la trajectoire des capitaux d’une entreprise, nous proposons une méthode originale – inspirée de Staszak – pour étudier l’évolution de la relation entreprises-territoires tout en soulignant la dimension culturelle et construite dans le temps du système économique actuel. Au sein du secteur sidérurgique, emblème de la puissance et du déclin de l’industrie française, Arcelor-Mittal est le leader mondial. Son évolution, d’Usinor à Arcelor-Mittal, retrace parfaitement le passage du local au global et pose la question d’un potentiel triomphe de la financiarisation.

La construction des représentations sur un territoire industriel : entre dépendance de sentier et prophétie auto-réalisatrice, Alice Herbelin

 

Cette communication propose de se concentrer sur un territoire où la trajectoire d’une firme « du localisme au global » que décrit Marjolaine s’observe également : Rhône-Poulenc (de la Société Chimique des Usines du Rhône à Sanofi-Aventis). Le territoire d’étude est l’agglomération de Roussillon (en Isère), marqué par l’implantation de la Société Chimique des Usines du Rhône pour soutenir l’effort de guerre en 1914. L’atelier qui ne devait être que temporaire est reconverti après-guerre dans des productions civiles, et dès lors l’usine va s’impliquer en tant que réel aménageur du territoire, participant à la construction des équipements publics, des réseaux, des logements etc., se constituant ainsi comme un pôle autonome jouant le même rôle qu’une collectivité pour sa population. La construction physique des réseaux et des équipements s’accompagne également de la construction immatérielle de représentations et d’une culture « industrialiste » spécifique. Ces représentations participent à légitimer les activités chimiques polluantes sur le territoire, et  facilite l’implantation d’autres activités industrielles risquées, entretenant un système  qu’on étudiera à travers la notion de sentier de dépendance.

Cependant l’agglomération de Roussillon est aujourd’hui confrontée à  plusieurs processus émergents qui viennent potentiellement « agiter » ou remettre en question ce sentier de dépendance. Nous tenterons d’étudier à travers les discours des élus du territoire, des aménageurs et des habitants, comment le sentier de dépendance « réagit ». Cela nous conduira à discuter, en lien avec l’article de JF Staszak sur les prophéties auto-réalisatrices (2000), les influences et les pouvoirs respectifs du « sentier de dépendance » et de la « prophétie-auto-réalisatrice » en aménagement.

 

Bio- Géo-graphies : Que pouvons-nous dire de l’approche biographique d’un lieu proposée par Jean-François Staszak ? Valérie Poudray, Fabien Bourlon, Edith Chezel et Audrey Borelly

L’expérience de l’altérité, l’imaginaire géographique, le voyage, l’exotisme et la circulation des représentations sont des notions travaillées par Jean-François Staszak à travers l’étude d’un lieu, ou d’une personne. Tel un double miroir, l’originalité de sa méthode consiste par la représentation d’un territoire par un artiste, en l’analyse des articulations entre représentations, pratiques et réalités géographiques. Cette communication à quatre voies se propose de suivre cette démarche bio-géographique pour "déconstruire les discours et analyser les pratiques pour tenter de comprendre comment les gens voient, vivent et finalement produisent le monde dans lequel ils vivent" (Staszak 2003). Le propos consiste à affiner la méthode, de la représentation artistique à l’engagement politique, du local à l’étranger, de l’identité à l’altérité, pour mieux discuter des apports possibles d’une géographie sensible à l’heure de l’injonction à penser la crise. Nous nous appuierons sur les parcours de vie de Douglas Tompkins, Haroun Tazieff, Jean Ferrat et Emil Nolde pour proposer un autre regard sur la Patagonie, l’Isère, l’Ardèche et la Frise du Nord.

L’analyse croisée de ces quatre figures nous permet de questionner le rôle et le positionnement du personnage en termes sociogéographiques: sont-ils des personnages ordinaires ou extraordinaires, reliés au pouvoir et à la gouvernance d’un territoire? Habitent-ils les lieux dont ils façonnent l’esthétique? L’étude de ces personnages dans nos démarches de recherche, dans nos analyses géopolitiques, sociales et esthétiques, en révélant l’habiter, les circulations entre l’ici et l’ailleurs tout en questionnant les zones d’ombres de leurs biographies et de la mise en publicité de leur œuvre, peut-il être déterminant dans une approche géographique esthétique et critique?"

La géographie esthétique de Douglas Tompkins, un philanthrope vert en Patagonie, Fabien Bourlon

Douglas Tompkins était un milliardaire et philanthrope étasunien qui a investit pendant 25 ans dans l’achat de terres en Patagonie pour "conserver les derniers Wilderness de la planète”. Tenant de la Deep Ecology et d’une Nouvelle Economie ses écrits, films et affiches en faveur de l’écologie et contre l’industrialisation et la technologie ont changé le regard des uns et des autres sur ces terres de confins. Les activistes verts et entrepreneurs éco-touristiques louent son apport aux luttes socio-environnementales alors que les acteurs du monde rural et défenseurs de l’esprit des pionniers et défricheurs de terres vierges. Si bien son action fait débat il a crée une nouvelle réalité géo-spatiale autour de ses parcs privés et pour le tourisme en Patagonie.

Haroun Tazieff  et la passion des volcans, Audrey Borelly

Personnage d’abord externe à la France, Haroun Tazieff relie les échelles de décision et d’images du risque par son style de vie en perpétuel mouvement entre recherche, politique et art. C’est peut-être aussi une hypothèse pour attirer et toucher les populations afin qu’elles se préparent au mieux aux risques majeurs.

La géographie critique de Jean Ferrat, un chanteur poète ancré en Ardèche, Valérie Poudray

Jean Ferrat est un chanteur populaire français reconnu, et engagé dans la production discursive d'une altérité politique et sociale à la modernité occidentale. Son amour pour l’Ardèche, puis son ancrage dans la vie locale, ont fortement marqué l'imaginaire social qui lui est associé. Ce processus cognitif participe à la construction d'un système culturel alternatif localisé en Ardèche.

Nolde et les paysages de Frise du Nord, Edith Chezel

La vie mais surtout l’œuvre de Nolde décrit la fascinante relation entre terres et mers qui existe en Frise du Nord: un regard d'homme attaché à son pays. Cet attachement semble être partagé par une large partie de la population et ouvre à la discussion sur la fabrique collective des paysages de l'énergie.

Quand l'art véhicule un imaginaire et des représentations : l'exemple de la chanson "Nationale 7" de Charles Trenet, Pierre-Louis Ballot et Jean Sirdey

La route nationale 7 (RN7) s’étend sur 996 kilomètres de Paris jusqu’à Menton (Alpes-Maritimes). Principale voie de pénétration romaine en Gaule, route royale, route impériale puis « route des vacances » des années 1940 aux années 1960, elle connaît depuis maintenant une vingtaine d’années un processus de patrimonialisation. Lorsque l’on se penche sur ce même processus, on constate que ce dernier concerne avant tout l’époque où la RN7 était empruntée par les automobilistes l’été pour se rendre en vacances dans le sud de la France (soit les années 1940, 1950 et 1960).

En 1955, le chanteur Charles Trenet sort une chanson intitulée « Nationale 7 », qui « célèbre » les départs en vacances dans le sud de la France via cette même route. Pour beaucoup, c’est cette chanson qui va alors contribuer à positionner la RN7 en tant que route des vacances dans l’imaginaire de nombreux individus.

L’objectif de cette communication est de montrer en quoi cette chanson est centrale dans la production des représentations de la RN7. S’inspirant librement des approches de Jean-François Staszak mobilisées dans l’analyse de la fabrique de l’altérité au cinéma et dans l’étude des œuvres de Paul Gauguin, il est proposé de mettre en évidence l’impact d’un objet culturel et de sa diffusion dans la constitution des représentations et des imaginaires.

En quoi la chanson de Charles Trenet participe-t-elle à l’institution d’une époque ? Et à sa mythification ?

Quels imaginaires géographiques, à la fois de l’espace (RN7) et du temps (« Trente Glorieuses »), sont véhiculés à travers cette chanson ? Dans quelle mesure active-t-elle ou réactive-t-elle un imaginaire collectif, et dans le même sens pose-t-elle les bases futures d’une certaine forme de patrimonialisation ?

Programme de la journée

8h30 – 9h : Accueil – Café.

9h – 9h20 : Introduction problématique par Pierre-Louis Ballot (doctorant PACTE)

9h20 – 10h30 : Contribution de Jean-François Staszak autour d’une commande formulée par les doctorants (suivi d’un temps de discussion)

10h30 – 10h45 : Pause

10h45 – 12h15 : Communications des doctorants suivies d’échanges avec la salle.

  • La trajectoire d’une firme révélatrice du caractère culturel de l’économie : d’Usinor à Arcelor-Mittal ou le triomphe de la financiarisation, Marjolaine Gros-Balthazard (doctorante PACTE)
  • La construction des représentations sur un territoire industriel : entre dépendance de sentier et prophétie auto-réalisatrice, Alice Herbelin (doctorante PACTE)

12h15 – 14h : Repas sur le site du Pradel.

14h – 15h45 : Communications des doctorants suivies d’échanges avec la salle.

  • Bio- Géo-graphies : Que pouvons-nous dire de l’approche biographique d’un lieu proposée par Jean-François Staszak ? Valérie Poudray, Fabien Bourlon, Edith Chezel et Audrey Borelly (doctorant(e)s PACTE)
  • Quand l'art véhicule un imaginaire et des représentations : l'exemple de la chanson "Nationale 7" de Charles Trenet, Pierre-Louis Ballot et Jean Sirdey (doctorants PACTE)

15h45 – 16h : Pause.

16h – 16h30 : Synthèse de la journée par Hervé Gumuchian

16h30 – 16h45 : Bilan de la journée par Jean-François Staszak (regard réflexif sur les échanges de la journée).

Fin de journée sur le domaine du Pradel autour d’un barbecue de Pays.




Cycle de séminaire :