Offre de stage :  Alpinisme et « safety culture » Pratiques et enjeux communicationnels en refuges

Offre de stage : Alpinisme et « safety culture » Pratiques et enjeux communicationnels en refuges

A)Contexte du stage :

 

Refuges sentinelles est un dispositif d’observation et d’animation pluridisciplinaire, partenarial et participatif de la haute montagne. Il a été initié depuis 2016 par Parc National des Écrins et le Labex Innovation & Transitions Territoriales en Montagne, en partenariat avec le CDP Trajectories-UGA et l’Agence Française de la Biodiversité dans le cadre du programme Sentinelles des Alpes, sur la base de 4 objectifs :

 

1/ interroger les relations Humains-Climat-Biodiversités en développant des questions croisées entre sciences de la nature et de la société, et en impliquant les professionnels et le public

2/ développer des méthodologies adaptées à la haute montagne pour répondre aux enjeux accrus des espaces protégés, territoires et acteurs touristiques et sportifs

3/ réaliser dans la durée des campagnes d’observation à partir d’un panel diversifié de refuges comme lieu de recherche et de diffusion de la culture scientifique

4/ mettre à disposition des chercheurs et opérateurs les données issues des dispositifs de mesure et d’observation basés sur les ressources des refuges

 

Cette démarche repose sur 4 axes + 2 approches qui constituent le cœur du dispositif et intègrent pleinement une dimension participative : 1/fréquentations, pratiques et métiers 2/ météorologie & climatologie au service des refuges 3/ biodiversités 4/ géomorphologie & risques et 5/ photoconstats 6/ diffusion de la culture scientifique.

 

B)Contexte et orientation du stage

 

Ce projet de recherche appliquée est issu d’un dialogue sur le terrain avec deux praticiens dans le cadre du programme Refuges sentinelles : Damien Haxaire (gardien du refuge des Écrins et formateur de formateurs en sécurité avalanches) et Sébastien Constant (guide de haute montagne, auteur de topo guides et de manuels), tous deux engagés de longue date dans la transmission d’une conception de la pratique de la haute montagne orientée vers une capacité d’anticipation et d’adaptation appropriée à l’optimisation des décisions et à la minimisation des risques, désignée comme Safety culture. La Safety culture est un ensemble d’attitudes, rôles et pratiques sociales et techniques qui visent à minimiser l'exposition à des conditions considérées comme dangereuses ou préjudiciables (D’après Pidgeon, 1991). Elle consiste notamment à prendre en compte l'influence de la culture sur les comportements et pratiques en matière de sécurité, en intégrant celle-ci dans les enjeux des organisations et des acteurs au lieu d’en faire une question particulière.

Le travail envisagé en 2021 s’inscrit dans la continuité du stage d’Ambre Taurel, financé en 2019 par la Fondation Petzl et encadré par Véronique Reynier, qui portait sur le rôle des gardiens de refuge dans la transmission d’informations relatives à la sécurité auprès des pratiquants. Ce travail a confirmé les attentes très fortes des usager.e.s vis-à-vis des informations et conseils transmis.e.s par les gardien.ne.s de refuges, en soulignant les difficultés éthiques et pratiques ressenties par ces dernier.e.s vis-à-vis d’une implication croissante dans les décisions et comportements des alpinistes.

Tout comme ce précédent travail, il repose sur le constat que les refuges sont un lieu privilégié d’une part pour observer les pratiques, comportements et représentations des pratiquant.e.s ; et d’autre part pour examiner les enjeux relatifs à la transmission d’informations et de compétences en matière de culture de pratique de la montagne. L’opinion des professionnel.le.s (gardien.ne.s et guides) diverge

 

à ce sujet, et suscite un certain nombre de les dilemmes : répondre ou pas à la demande des usager.e.s, si oui jusqu’à quel point, et comment ? On peut faire l’hypothèse que ces interrogations sur le rôle des gardien.ne.s et les représentations associées relèvent bien d’une problématique de communication qui ne se résume pas —au moins dans un premier temps— à une approche technique, car elle révèlent des enjeux d’ordre culturel, éthique et juridique.

 

C)Objectif et résultats attendus

 

A partir d’enquêtes et observations en refuge la veille d’une ascension, le travail proposé vise à diagnostiquer le degré d’appropriation par les alpinistes d’une culture et de pratiques de préparation et d’anticipation permettant la réussite des ascensions projetées dans des conditions variables, en faisant en sorte que le nombre de conséquences attendues et acceptables qui surviennent sur le terrain soit le plus élevé possible (d’après Hollnagel, 2014) : capacité d'adaptation au terrain, gestion des menaces et des erreurs, organisation optimale de la sortie au regard de l'environnement, du contexte, et des conditions du milieu, de la fréquentation et des pratiquants.

Il s’agit de procéder à un état des lieux afin de contribuer à mieux accompagner un changement de culture porté par des pratiques et des travaux d’experts. Avec notamment à la clé des apports visés dans le domaine de la formation (cadres fédéraux, guides, gardien.ne.s de refuges…) mais aussi en matière de communication.

La valeur ajoutée recherchée par rapports aux travaux antérieurs et en cours réside dans une investigation in situ la veille d’une ascension projetée, en prenant en compte les interactions observables en refuge (avec les gardien.e.s, les autres alpinistes et guides, l’environnement et les conditions).

 

Méthodologie et mise en œuvre

 

Le projet est basé sur l’immersion d’un.e stagiaire de Master 2 en sciences sociales/staps/communication en alternance dans 2 refuges du massif des Écrins (Glacier blanc et Écrins) en juin-juillet-août 2021, après un travail préparatoire au printemps : sondage en ligne auprès des pratiquant.e.s, entretiens auprès de professionnel.le.s, d’expert.e.s et de chercheur.e.s…

2 axes de travail complémentaires sont envisagés :

 

1/ Enquête et observations en refuges sur la préparation des projets d’ascensions

Le travail préparatoire au terrain visera à construire des indicateurs pertinents à partir desquels les questions seront formulées :

-évaluation du niveau d’information et de préparation des pratiquant.e.s

-estimation des supports, médias et outils d’information pris en compte par les pratiquant.e.s (topoguides, topos réseaux sociaux, météo...)

-estimation de la connaissance et l’appropriation des bases de la « safety culture » (connaissance de méthodes et check-list)

-estimation de la capacité des pratiquant.e.s à changer d’objectif pour dépasser une culture et une pratique « Destinationite » ou « balistique »

-interrogation des motivations des pratiquant.e.s (choix du secteur, du refuge, de l’ascension projetée...)

-anticipation du matériel technique permettant le changement d’objectif

-interrogation des représentations de l’espace (réalisation de cartes mentales du secteur concerné par les pratiquant.e.sn, citer noms des sommets accessibles depuis le refuge)

 

2/ Enquête et observations en refuges sur la communication et la transmission de l’information relative à la sécurité (supports type affiches et plaquettes, manuels, réseaux sociaux, briefing...) Plus qu’une recherche d’identification et de solutions techniques (qui pourraient faire l’objet d’une seconde étape de travail) il s’agit d’observer les pratiques actuelles des gardien.ne.s et la réceptivité des pratiquant.e.s (état d’esprit, capacité à entendre…), tout en amorçant une réflexion sur la manière dont la communication peut contribuer à un changement de culture :

 

-interviews croisées de gardiens, guides et pratiquant.e.s : types et formes des informations transmises ou délivrées, réception et évaluation de la compréhension et de l’impact des informations transmises par les gardien.ne.s (météo, itinéraires, matériel, éventuels conseils techniques...), rôle des gardien.ne.s attendu par les usagers, impact du briefing et des échanges avec les professionnel.le.s sur les décisions prises

-observation des supports et techniques de communication mises en œuvre à l’échelle du refuge

-représentations des notions prise de risque et de responsabilité personnelle

-interviews de gardien.ne.s pratiquant le « briefing » et « l’apéro des guides » en vue de l’identification de besoins de formation à la communication

 

D)Livrables attendus à l’issue du stage

  • Rapport de stage : diagnostic et propositions d’action
  • Poster de présentation des résultats
  • Capsule vidéo sur la démarche conduite
  • Affiches ou plaquettes d'information à l'attention des alpinistes et guides
  • Propositions de contenus de formation initiale et continue à destination des gardien.ne.s de refuges.

 

E)Calendrier de travail

 

  • Mars-mai 2021 : mise au point des protocoles d’observation et d’entretien en lien avec l’équipe de recherche
  • Juin/juillet-15 août 2021 : résidence de recherche en refuges (Glacier Blanc et Écrins)
  • 15 août-31 août 2021 : production des livrables

 

F)Encadrement du stage

 

Le stage se déroulera au sein de l’UMR PACTE-CNRS sous la responsabilité de Philippe Bourdeau.

 

G)Profil recherché

 

  • Formation : master (1 ou 2) Staps, géographie, tourisme, ethnologie, sociologie, économie & gestion…
  • Critères de recrutement : motivation, curiosité, sens du relationnel, travail en équipe ; rigueur méthode et organisation ; autonomie, capacité d’initiative et d’adaptation
  • Compétences spécifiques : autonomie de déplacement en montagne pour l’accès aux refuges

 

H)Conditions de stage

 

Durée et période : stage de mars à août 2021 (4 à 5 mois selon calendrier de formation)

 

Lieu d’activité :

  • Mars à mai 2021 : Laboratoire PACTE, Cité des Territoires - Institut d’Urbanisme et de Géographie Alpine, Université Grenoble-Alpes (et/ou télétravail)
  • Juin/juillet à août 2021 : Refuges du Glacier blanc et des Écrins (Parc national des Écrins)

Jours d’activité : Lundi/mardi/mercredi/jeudi/vendredi + travail possible week-end et jours fériés du fait du contexte touristique (avec 2 jours de repos dans la semaine).

Horaires d’activité : 35 heures par semaine

Gratification de stage : selon la règlementation en vigueur

Avantages en nature : hébergement gratuit en refuges + remboursement des frais de repas en refuge

+ remboursement d’éventuels frais de déplacement sur la base du planning défini au préalable

 

 

Le dossier de candidature (CV et lettre de motivation) doit être adressé avant le 15 janvier 2021à

 




Ouvert à tous
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