Pour en finir avec les rapports espaces / sociétés, et pour une socio-géographie critique et réflexive

Pour en finir avec les rapports espaces / sociétés, et pour une socio-géographie critique et réflexive

Conférencier : Fabrice Ripoll, maître de conférences HDR - Université Paris Est Créteil - Lab'urba  

 

Cette présentation soumettra quelques arguments critiques et quelques propositions alternatives pour en finir avec « les rapports espaces/sociétés », objet que se donnent la géographie sociale depuis les années 1980, une bonne partie de la géographie humaine contemporaine, et que l’on retrouve aussi dans diverses approches de sciences sociales qui s’intéressent à l’espace.
L'objectif premier est d'éviter tout « spatialisme » (avec un espace facteur autonome qui agit de l’extérieur sur le social), mais aussi plus généralement toute forme de « dualisme » (au sens où l’espace et la société sont considérés comme deux entités distinctes et extérieures l’une à l’autre) qui réifie l'espace et/ou ignore que le monde social est toujours-déjà spatial (comme il est temporel).

 

L'alternative consiste à suivre la piste d'un espace dimension du monde social, et de la suivre jusqu'au bout, de façon conséquente. Pour ce faire, le couple espace / société est remplacé par un modèle qui articule trois modes d'existence du monde social, distinguant le social matérialisé (auquel on réduit trop souvent l’espace), le social institutionnalisé (auquel on réduit trop souvent le social) et le socialintériorisé (faisant de la subjectivité une réalité elle aussi sociale), tout en considérant que chacune de ces « cristallisations » de l’histoire, c’est-à-dire des rapports sociaux et des pratiques sociales qui les réalisent, a sa propre dimension spatiale.
Si ce modèle emprunte à des acquis largement partagés en sciences sociales, l'approche critique défendue insiste sur le refus d’autonomiser ces « cristallisations » ou d’en oublier une. Elle intègre aussi la dimension spatiale (et temporelle) dans les concepts relationnels (tels que ceux de structure sociale ou de capitaux, économiques, culturels, etc.), incontournables pour toute approche des inégalités et rapports de domination. En particulier, il semble important de parler de dimension spatiale des capitaux et des structures sociales, plutôt que de « capital spatial », « territorial », « de mobilité »... ou d'« inégalités territoriales », « justice spatiale »... et leurs proches parents qui reconduisent le schème dualiste même si les travaux où on les rencontre peuvent être tout à fait importants.
Cette approche se veut enfin réflexive, au sens où les chercheur·es font partie du monde étudié, et entretiennent donc avec lui des relations qui doivent être objectivées, mais aussi au sens où l’approche critique vise à contribuer à l’émancipation humaine en augmentant la réflexivité déjà présente dans le monde social, et cela sans cesser pour autant de viser l’objectivité de ses énoncés, seul fondement de la scientificité de leur démarche.



Chercheur.e.s impliqué.e.s : 

Contact : 
Nassima Hakimi
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