Proposition de doctorat en sciences du territoire : Diversification touristique en moyenne montagne comme mode de résilience face au changement climatique

Proposition de doctorat en sciences du territoire : Diversification touristique en moyenne montagne comme mode de résilience face au changement climatique

Contexte de la recherche doctorale
Cette proposition de thèse s’inscrit dans le projet AMORCE (Adaptation des territoires de MOntagne et du touRisme face au Changement climatiquE) financé dans le cadre de l’Appel à projet Pack Ambition Recherche de la région Auvergne Rhône-Alpes.
Le projet AMORCE s’intéresse aux difficultés rencontrées par les territoires de moyenne montagne, ancrés sur le développement du tourisme hivernal, face au changement climatique. Faisant l’hypothèse que la diversification touristique constitue un des leviers possibles de leur adaptation, il vise à définir une méthodologie permettant d’accompagner ces territoires dans cette diversification. L’objectif est donc de proposer une démarche permettant d’élaborer un diagnostic des fragilités et des ressources des territoires, de comprendre qui sont les acteurs mobilisables au sein de chaque territoire et de leur proposer des outils pour définir la stratégie d’adaptation la plus pertinente à leur échelle. La mise à disposition d’outils et référentiels argumentés constitue une étape centrale du projet pour favoriser l’appropriation de la démarche par les acteurs des territoires. L’approche proposée dans le projet AMORCE sera élaborée et mise en application en collaboration avec les acteurs de deux territoires de moyenne montagne partenaires du projet : la Communauté de communes du Haut-Chablais et le massif du Sancy. Cette application sur deux territoires très différents permettra d’amorcer une montée en généralité concernant les facteurs de diversification touristique et son rôle dans l’adaptation des territoires de moyenne montagne au changement climatique.
Résolument inscrit dans une dynamique de recherche action, les attendus du projet AMORCE sont à la fois d’ordres méthodologiques et pratiques. Du point de vue méthodologique, le projet vise le développement et la mise à disposition d’un outil de modélisation-concertation dans le processus de diversification, de repères et référentiels utilisables par les territoires pour évaluer leur situation. En termes pratiques, l’objectif du projet AMORCE est clairement de fournir une démarche d’ingénierie de l’adaptation et d’accompagnement des territoires de moyenne montagne face au changement climatique.

 

Sujet de la recherche doctorale
La montagne française, et particulièrement celle de la Région AuRA, a été structurée par le développement d’une économie de sports d’hiver sur les 100 dernières années (Veyret-Verner, 1959). En effet, les stations, dans toute leur diversité, ont été appréhendées comme un outil d’aménagement du territoire, synonyme d’emplois, d’activités économiques et de dynamiques sociodémographiques des territoires concernés (Perret et al., 1976). Aujourd’hui, ce secteur économique est questionné par le changement global, et particulièrement par sa déclinaison climatique. Dans ce contexte d’évolutions conjoncturelles comme structurelles, quelle est la vulnérabilité des stations de moyenne montagne, particulièrement sensibles aux variations climatiques et à leur répercussion sur l’enneigement ? Quelles stratégies d’adaptation les acteurs locaux comme les collectivités territoriales peuvent-ils mettre en place pour faire face à ces changements ?
La question de la diversification, particulièrement d’actualité, n’est pour autant pas nouvelle. Celle-ci a en effet été initiée dès les années 1990, en réponse à la maturation du marché du ski alpin et à l’évolution des pratiques de la clientèle, moins skieuse et plus demandeuse de nouvelles activités à pratiquer en complément du ski. Les stations ont alors déployé des stratégies de fiabilisation de leur outil de production essentiel, le domaine skiable, au travers du développement du travail de damage et de la production de neige de culture. Dans le même temps, des stratégies et des politiques d’accompagnement visant à une moindre dépendance du seul produit neige ont été mises en place. Les politiques publiques, adoptées à différents échelons territoriaux (notamment en région AuRA) ont ainsi encouragé depuis les années 2000 le développement d’une offre touristique diversifiée, en complément des activités neige, qui restent néanmoins le produit d’appel. Les travaux menés sur la diversification en stations (Achin, 2015) ont mis en exergue la nécessité de penser l’offre touristique diversifiée à une échelle élargie, dépassant la seule station. Au-delà, ils ont mis en évidence la multiplicité des acteurs impliqués, relevant de différentes « sphères » (tourisme, culture, environnement, agriculture, etc.) afin de mettre en œuvre une stratégie touristique diversifiée et partagée au sein du territoire. Bien loin de conduire à des stratégies uniformes, ces réflexions ont au contraire conduit à la mise en valeur touristique d’une grande variété de ressources locales. Peu à peu, s’affirment ainsi des démarches de diversification touristique ayant pour finalité la transition vers de nouveaux modèles de développement.

 

Au-delà de l’analyse des stratégies pouvant être adoptées pour mettre en œuvre une diversification touristique, un problème scientifique essentiel concerne l’évaluation des retombées économiques et territoriales liées à la diversification, face au poids économique représenté par l’économie neige. Dans cet esprit, le projet AMORCE entend dépasser cette opposition « fiabilisation de l’exploitation du domaine skiable » versus « diversification touristique », en proposant de lever un verrou d’ordre méthodologique par la mise à disposition d’outils et de référentiels argumentés, objectivés, facteurs cruciaux dans la mise en œuvre de la diversification localement. Accompagnant la démarche des acteurs politiques comme socioprofessionnels des territoires, ces outils doivent être à même de permettre l’appropriation de la démarche par l’ensemble des acteurs concernés.

 

Objectifs et organisation de la thèse :
Le projet AMORCE vise ainsi à combler les besoins des acteurs en termes d’ingénierie de l’adaptation en proposant de construire une boite à outil permettant d’accompagner les territoires dans cette démarche. Dans ce cadre, accompagner les territoires signifie leur fournir les repères/référentiels, les aider à identifier leurs fragilités face au changement climatique, faire émerger leurs potentiels et ressources pour l’adaptation.
Le.la doctorant.e participera aux 3 WP du projet, avec une attention particulière sur le WP 3 qui constitue le cœur de la recherche :
• WP1 : Le diagnostic du territoire du territoire en termes de vulnérabilité et/ou résilience de ses activités face au changement climatique
• WP2 : la cartographie des acteurs et l’évaluation interne/externe de la sensibilité à la question de la diversification
• WP3 : le développement d’un outil de modélisation-concertation
Une première phase de revue de littérature scientifique (début de l’année 1) lui permettra :
1. d’évaluer la sensibilité particulière des stations de moyenne montagne face au changement climatique;
2. d’exploiter cette piste de la diversification économique comme mode d’adaptation des territoires locaux
3. de recenser les méthodologiques d’accompagnement des territoires en matière d’adaptation au changement climatique.

 

Assez vite, les premières prises de contact avec le terrain devraient lui permettre de contribuer à l’élaboration de la cartographie des acteurs impliqués sur chacun des territoires (année 1).
Dans un deuxième temps (année 2), en s’appuyant sur les connaissances et méthodologies développées dans d’autres projets (Adamont-GICC, LabEx ITEM, EValoscope, ARTACLIM) il.elle contribuera au développement d’un outil de modélisation-concertation permettant d’identifier les forces, faiblesses, opportunités, menaces au sein des territoires de moyenne montagne. Il.elle aura à charge de mettre en application cet outil sur les deux territoires d’expérimentation (CCHC et Massif du Sancy).
Enfin, l’analyse qu’il.elle fera de ces expériences lui permettra d’évaluer la capacité de l’outil à prendre en compte les spécificités de chacun des sites et à intégrer les différentes facettes de l’adaptation. En mobilisant des réflexions déjà engagées par les pouvoirs publics (stations du futur du département de l’Isère, Think Tank du Cluster montagne) il.elle contribuera à la montée en généralité des facteurs de mise en œuvre de la diversification en moyenne montagne.
Le.la doctorant.e participera par ailleurs tout au long des 3 années de thèse à la valorisation et à la diffusion scientifique de son travail par différents types de publications (séminaires, colloques ou rédaction d’articles scientifiques). Une attention particulière sera donnée à des publications de synthèse inter-laboratoires et au renforcement des échanges avec les partenaires locaux de développement (responsables de stations, élus, cadres de l’ingénierie territoriale, monde agricole, etc.). Le transfert aux élus et agents de développement est prévu en fin de projet.
 

 

Autres éléments relatifs au déroulement de la thèse
Lieu de réalisation de la thèse : Irstea, Unité LESSEM, centre de Grenoble en lien avec le laboratoire PACTE de l’UGA et l’UMR Territoires de Clermont-Ferrand
Ecole doctorale : Sciences de l’Homme, du Politique et du Territoire (Grenoble)
Cadre disciplinaire : sciences du territoire (économie, géographie-aménagement, science politique, sciences de gestion, etc.).
Encadrement : Emmanuelle GEORGE (aménagement-urbanisme, Irstea, Grenoble), Laurent Rieutort (géographe, UMR Territoires, Université Clermont-Auvergne, Clermont-Ferrand), et Céline LUTOFF (géographe, UMR PACTE, Université Grenoble-Alpes).
 

Organisation du recrutement
Compétences requises
• Capacité à mobiliser des données quantitatives et à les spatialiser ;
• Compétences pour la réalisation des entretiens semi-directifs et animation de réunions ;
• Goût pour la médiation territoriale.
A noter : de nombreux déplacements sont à prévoir, sur les deux terrains d’études, Haut-Chablais (74) et Massif du Sancy (63).

Critères d’éligibilité
Les candidats :
- doivent être titulaires d’un master 2 (avec une valence recherche) ou avoir l’équivalent ;
- doivent nous faire parvenir un CV ainsi que les notes obtenues au cours de leur parcours universitaire (depuis la L1) ;
- fournir une note montrant leur appropriation personnelle de cette recherche doctorale (2 à 3 pages maximum). Des lettres de recommandations sont les bienvenues.
Processus de sélection
Echéance de réception des candidatures : 20 septembre 2018 à 17 h (CET) aux adresses suivantes emmanuelle.george@irstea.fr ; celine.lutoff@univ-grenoble-alpes.fr ; laurent.rieutort@uca.fr
Les candidatures seront examinées par un comité de sélection fin septembre pour une diffusion des résultats début octobre
Les candidats sélectionnés seront auditionnés à Grenoble à la mi-octobre
Contrat de 3 ans à Irstea Centre de Grenoble, à plein temps Début du doctorat envisagé : 1 novembre 2018
Salaire mensuel brut: 1874 €

 

Présentation des laboratoires de recherche impliqués
Irstea, Centre de Grenoble
Au centre Irstea de Grenoble, les recherches du LESSEM (Laboratoire EcoSystèmes et Sociétés En Montagne) s’intéressent aux trajectoires de développement des territoires ruraux et montagnards, dans une perspective générale de développement durable. Ainsi, les stations de montagne constituent un de ces objets de recherche privilégié. Ses travaux fondés sur l’études des modalités d’ancrage local et sur la gouvernance des stations lui ont permis d’acquérir une expertise pointue qui a, entre autres, abouti à la réalisation de la BD Stations et de son pendant interactif, le StationoScope, véritable atlas des stations alpines pour le Comité de Massif des Alpes.
Pacte, Université Grenoble Alpes

Pacte est un « laboratoire de sciences sociales ». Ses membres sont investis dans la construction de langages communs et de connaissances transverses sur les transformations de nos sociétés dans leurs dimensions politiques, territoriales, sociologiques et écologiques. Issu de laboratoires spécialisés principalement en aménagement des territoires, géographie et urbanisme d’une part, science politique et sociologie d’autre part, le laboratoire regroupe également quelques économistes, historiens, juristes et spécialistes d’information et communication. Il place l’interdisciplinarité au cœur de ses pratiques, par le partage et la confrontation des méthodes, des épistémologies, et des terrains communs.

 

UMR Territoires
Créée en 2017 de la fusion de l’UMR Métafort et du CERAMAC, l’UMR Territoires associe des chercheurs en Sciences humaines et Sociales (géographie, économie, science de gestion, science politique) et en Sciences biotechniques (agronomie, zootechnie système) des établissements suivants : Université Clermont-Auvergne, AgroParisTech, Inra, Irstea, VetAgro sup.
Elle postule qu’il existe une multiplicité de configurations (locales et régionales) et de trajectoires (individuelles et collectives) conduisant à une coexistence de « modèles » (entendus à la fois comme archétypes et comme projets) et de stratégies menées au sein des territoires. Elle interroge la capacité à agir des acteurs mais aussi la conception et la conduite de l’action publique. L’Unité mène des travaux sur l’étude des pratiques d’action adaptées à la diversité des modèles et des postures réflexives pour continuer à adapter ces pratiques. De plus, les postures d’accompagnement de l’action et du changement dans les territoires sont à développer dans les espaces fragiles et de moyenne montagne où les enjeux liés à l’innovation sont très importants. Les approches développées relèvent à la fois de la recherche empirique et de la recherche-action.
 



Chercheur.e.s impliqué.e.s : 

Ouvert à tous