Reine Sandrine ANDONG BAUBEBET soutient sa thèse

Reine Sandrine ANDONG BAUBEBET soutient sa thèse

Sujet : L’Ecorécréativité Communautaire. Une perspective de développement local dans les parcs nationaux du Gabon ?

 

Jury :

M. LAJARGE Romain

Professeur des Universités, ENSAG - UGA, Grenoble, (Président)

M. BESSY Olivier

Professeur des Universités, UMR-CNRS, Gelos, (Rapporteur)

Mme. CLAEYS Cécilia

Maître de Conférences-HDR, LPED- UMR 151, Marseille, (Rapporteuse)

M. SARRASIN Bruno

Professeur titulaire, ESG- UQAM, Montréal, (Examinateur)

Mme. BARON Nacima

Professeur des Universités, LVMT ENPC, Paris, (Examinatrice)

M. CORNELOUP Jean

Maitre de conférences-HDR, PACTE, Grenoble, (Directeur de thèse)

 

Résumé :

Les pays du Sud sont répertoriés par le caractère sous-développé de leurs territoires nationaux. On parlera de pays sous-développés (PSD), ou de pays en voie de développement (PVD). Cependant lorsqu’on évoque le caractère sous-développé de ces territoires étatiques, il est souvent oublié de préciser que cet état de fait prend naissance dans les milieux ruraux de ces Etats. Conscients de ce frein rural au développement national, les dirigeants de ces pays, également engagés dans les débats modernes de la mondialisation, se trouvent aussi impliqués dans des perspectives d’aménagement divers, alliant politique, économie et environnement. Les objectifs visés s’inscrivent dans un rééquilibrage territorial pour amplifier le développement du pays sur la scène internationale. C’est la position prise en 2009 par le président de la République gabonaise, Ali Bongo Ondimba, à travers le volet touristique de son programme « Gabon vert ».

Dans son projet politique, intitulé le « Projet Stratégique Gabon Emergent », le président gabonais évoque le déséquilibrage socioéconomique et territorial du Gabon pour présenter son projet d’écotourisme dans les parcs nationaux du pays comme un vecteur du développement économique national, de la protection environnementale et surtout du développement territorial local. L’écotourisme communautaire est présenté comme le moteur du développement des ruralités avoisinantes, notamment les onze parcs nationaux du Gabon, dont ceux : de la Lopé au village Lopé-Boléko et de Minkébé au village de Minvoul. Comme la plupart des villages gabonais, ces deux sites, de Minvoul au nord du Gabon et de Boléko au centre, présentent d’énormes disparités qui les placent aussi parmi les endroits les plus reculés du pays. Le projet gouvernemental d’écotourisme communautaire dans les parcs nationaux se donne ainsi pour objectif d’impulser le développement socioéconomique de ces localités, à travers la pleine participation des communautés et la valorisation des ressources culturelles locales. Or les recherches scientifiques faites entre 2014 et 2015, à propos de l’applicabilité de ce projet communautaire à Minvoul et à la Lopé, montrent le décalage entre le projet initial et la réalité territoriale de celui-ci. L’écotourisme n’a pas contribué au développement socioéconomique local, malgré le potentiel culturel disponible dans ces ruralités.

La culture est présentée comme un « vecteur du développement des territoires touristiques et sportifs » (Corneloup et al. 2005), à travers l’outil de gestion socioculturel du SCL (Système Culturel Localisé) (Corneloup, 2009). Or, malgré les cultures disponibles en ruralités gabonaises, l’écotourisme n’a pas impulsé le développement escompté de ces communautés. En partant de ce constat socioéconomique, cette thèse se donne pour ambition de contribuer au développement de ces ruralités écotouristiques du Gabon, à travers le SCL et les sports de nature, concepts encore inconnus au Gabon. On parlera d’innovation récréative dans les parcs nationaux du Gabon. Le lien théorique entre sports de nature, écotourisme, SCL et développement local n’ayant pas encore d’existence connue, la problématique de cette recherche s’articule autour de ces quatre polarités. On s’interroge sur la façon dont le SCL peut contribuer au développement des territoires ruraux dans le contexte écotouristique d’un parc national, mais aussi sur la possibilité d’action d’une telle approche dans le contexte écotouristique gabonais.
La trame théorique des travaux de recherche réalisés se situe dans le champ des sciences du territoire en partant des travaux de recherche sur la gestion des parcs naturels et sur l’économie de proximité que l’on associe aux recherches réalisées dans l’étude du tourisme et du développement récréatif : les travaux de recherche de Corneloup, Mao et Bourdeau concernant l’approche culturelle des sports de nature, les publications de Lequin, Gagnon et Lapointe sur la dimension communautaire de l’écotourisme, et les travaux de l’UICN sur la gestion des espaces naturels protégés. Une perspective critique est envisagée permettant d’observer une asymétrie politique entre le projet national et la réalité du développement local. Pour rendre du compte de cette asymétrie, plusieurs parties de la recherche sont proposées dans cette thèse :

• La première partie, théorique, s’attèle à cadrer les grands axes de ce travail. Le postulat est que dans une approche pratique, le développement territorial rural peut se concevoir de plusieurs manières. Par la collaboration des acteurs sans lien direct avec la protection environnementale, sous le modèle français des PNR, ou encore à travers les parcs nationaux. En théorie, depuis le milieu des années 1950, dans les pays occidentaux, la question du développement rural a mobilisé les débats autour de la science régionale, de l’économie territoriale, de la géographie culturelle, et plus récemment de l’économie environnementale. Le territoire n’est plus un simple support d’activités touristiques ni une construction sociale autour de « pratiques entrepreneuriales ». Il acquiert aussi une dimension symbolique reposant sur la valorisation culturelle des lieux. Et plus que jamais, sa conception doit se penser avec le concept de développement durable.
Le développement durable prend véritablement forme au tournant des années 1970 dans le contexte occidental des « Grandes Réparations ». Il s’agit d’un développement qui tienne compte à la fois des approches économiques et écologiques des territoires. Dès lors, une transition récréative est amorcée qui prend différentes dénominations : tourisme durable, tourisme de nature, écotourisme, tourisme responsable, ... Cependant, ces notions sont l’objet d’une lecture critique et polysémique. A l’exemple, l’écotourisme qui donne lieu à plusieurs interprétations justifiant l’approche communautaire de cette notion. L’écotourisme communautaire, entendue comme l’approche humaniste du concept d’écotourisme, est la forme de tourisme durable adoptée par le gouvernement gabonais, dans les parcs nationaux du pays en 2009.

• La deuxième partie s’articule sur un audit écotouristique des parcs nationaux du Gabon, durant la période 2009-2015 étudiée. L’objectif étant de comprendre la situation de sous- développement socioéconomique et écotouristique constaté dans ces territoires gabonais, mais aussi d’en élucider les causes, ainsi que les écueils à contourner dans la perspective de développement envisagée dans la troisième partie de la recherche. Une démarche de terrain, au travers des entretiens et observations in situ, a été réalisée au Gabon (Libreville, Lopé, Minvoul, Franceville) entre 2015 et 2017. Plus d’une cinquante de personnes seront visitées à cet effet, et les données relatives, retranscrites dans les travaux de recherche réalisés sous forme de comptes-rendus et synthèses. Ces conclusions stipulent que l’écotourisme n’a pas contribué au développement local en ruralité gabonaise, faute de connaissance dans le métier, mais aussi pour des raisons économique et politique. Cette réalité étant par ailleurs amputable au reste des pays du bassin du Congo dont relève le Gabon, notamment au Cameroun. Constat également applicable dans les pays de l’Afrique de l’Ouest.

• En partant de cette conclusion négative en matière d’écotourisme dans la ruralité gabonaise, la troisième partie de cette recherche tente d’innover par la transition récréative dans ces parcs écotouristiques. Le lien entre sports de nature, écotourisme, SCL et développement local dans une aire protégée donnera naissance à la notion suivante : « l’écorécréativité communautaire ». Il s’agit d’une forme de développement transversale située à l’intersection des quatre concepts précités. L’approche pratique de cette écorécréativité dans les parcs écotouristiques gabonais nécessitera ensuite une intervention de terrain au Gabon, en recherche-action, envisagée dans le cadre de ce travail.

Le site de Boléko dans le parc national de la Lopé sera choisi pour porter ce projet innovant. Les raisons en sont multiples. Elles résultent de la dynamique touristique exceptionnelle du parc national dans la sphère gabonaise. Cependant, le projet « Lopé’Culture », pensé à cet effet, ne pourra être réalisable. L’administration nationale n’ayant pas une vision intégrée de la ressource. Le deuxième site de Minvoul ne sera non plus favorable au projet. Les promesses non tenues du projet d’écotourisme, porté par les instances nationales, ayant négativement impactées la dynamique des populations locales.
Entre le refus administratif à Lopé et la réticence villageoise à Minvoul du projet, la troisième hypothèse de la thèse sera validée. Face à la réalisation de ce projet final au Gabon, la première hypothèse stipulait l’acceptation de l’ensemble des parties prenantes (populations villageoises, agents de l’Etat, ONG environnementales, personnalités économico-politiques) au projet. La deuxième hypothèse mentionnait le refus partiel des parties prenantes de ces parcs nationaux, soit les populations villageoises, soit l’un des « Grands acteurs » (agents de l’Etat, ONG, personnalités économique et politiques) notamment les agents de l’Etat au projet final. Enfin, la troisième hypothèse stipulait qu’aucune partie ne voulait d’un projet innovant dans ces parcs nationaux. La vérification de ces hypothèses sur le terrain était par ailleurs l’occasion d’observer la connexité de ces groupes d’acteurs au projet d’écotourisme en place dans les PNG durant la période étudiée.
Cependant, toute une partie de la recherche a permis d’évoquer les conditions territoriales et politiques pour amorcer un changement dans la gestion des parcs nationaux en vue de la mise en place d’une écorécréativité communautaire.



Chercheur.e.s impliqué.e.s : 

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