Retour sur la première conférence du cycle 2017 des Savoirs Partagés

Face à l'actualité brûlante, Anne-Laure Amilhat Szary, professeure de Géographie, est revenue sur l’urgence de penser les frontières

Source : site web de l'Université de Toulouse

Le cycle 2017 des conférences « Savoirs partagés » s’est ouvert le 22 février dernier, avec l’intervention d’Anne-Laure Amilhat Szary, professeure de Géographie à l’Université Grenoble-Alpes, directrice du laboratoire PACTE et membre de l‘Institut Universitaire de France.

Intitulée « L’urgence de penser les frontières », la conférence a été introduite par Nathalie Dessens, vice-présidente déléguée à la diffusion des savoirs, qui a rappelé que le thème fil rouge de ce cycle 2017 serait la frontière, propice aux regards transdisciplinaires. La parole a ensuite été partagée entre Jérémy Pasini, secrétaire général des Cafés géographiques de Toulouse, partenaire de l’opération et Guy Thuillier, maître de conférences en Géographie à l’Université. Tour à tour, ils ont évoqué le lien fort qui existe entre la notion de frontière et l’actualité, cette question étant notamment au cœur des débats présidentiels aux Etats-Unis, comme en France, en lien avec les mouvements migratoires d'urgence.

Géographe politique, spécialiste des dynamiques frontalières, Anne-Laure Amilhat Szary a proposé au public présent de s’attarder sur la définition de cet objet d’étude complexe qu’est la frontière, en guise d’introduction à sa conférence. Prisonnier de nos imaginaires, il est difficile de penser la frontière hors de nos cadres établis. Pour s’en rendre compte, la géographe a dressé un panorama des représentations du terme frontière et de ses traductions en anglais et allemand dans Google Images, afin de faire apparaitre les différences. 

La conférencière est ensuite revenue sur la définition historique du terme. Des premières frontières érigées au moment de la sédentarisation des premiers hommes aux traités de Westphalie en 1648, les frontières naturelles montrent maintenant leurs limites. Entre mondialisation et fermeture sécuritaire, les frontières, devenues mobiles, se redéfinissent et impactent le quotidien de tous. Elles s’ouvrent et se ferment simultanément, définissant ainsi un nouvel ordre mondial.

Appuyée sur de multiples supports, Anne-Laure Amilhat Szary évoque pour finir, ses dernières recherches consacrées aux relations entre l’espace frontière et l’art contemporain dans, et à propos, des lieux contestés. Elle a notamment participé à la fondation du collectif antiAtlas des frontières, un projet sciences/arts. La frontière est aussi la source d’inspiration de l’action « Sometimes doing something poetic can become political and sometimes doing something political can become poetic » de Francis Alÿs, artiste belge qui, déambulant dans Jérusalem, a recolorisé en 2004 au moyen de pots de peinture verte la frontière établie par l’armistice de 1949 entre Israël et les Etats Arabes. Le projet « Amexica » d’Adrien Missika est lui issu d’un périple le long de la frontière entre le Mexique et les États-Unis. L’artiste a utilisé un drone pour filmer plusieurs sites naturels et urbains entre Ciudad Juarez et Tijuana, proposant ainsi un point de vue différent sur cette zone sous haute surveillance.

Le public a ensuite pu interroger la conférencière pour obtenir quelques précisions, suite à cet exposé déjà très complet. Curieux, il a aussi souhaité revenir sur des faits d’actualités liés aux frontières aux portes de l’Union Européenne, en Mer de Chine ou encore entre le Mexique et les Etats-Unis.

Cette dernière frontière sera d’ailleurs au cœur de la prochaine conférence des Savoirs partagés, le 25 avril prochain. Françoise Coste, maître de conférences en civilisation américaine, Emmanuelle Perez-Tisserant, maître de conférences en histoire contemporaine et Hilary Sanders, maître de conférences en études américaines, poseront un regard pluridisciplinaire sur cette frontière, plus que d’actualité.