Travail associatif et néolibéralisme : l’appel à la « société civile » comme réponse à la « nouvelle question sociale » ?

Travail associatif et néolibéralisme : l’appel à la « société civile » comme réponse à la « nouvelle question sociale » ?

Séminaire d'équipe animé par Matthieu Hély, professeur de sociologie à l’université Versailles–Saint-Quentin-en-Yvelines (laboratoire PRINTEMPS – Professions, institutions, temporalités ; UMR CNRS 8085) 

 

La séance sera discutée par Anaïs Bovet, Nicolas Beron-Perez et Maureen Clappe.

 

 

Résumé

La grille de lecture forgée par Tocqueville pour rendre compte des associations et leur contribution à la vitalité démocratique n’est plus adaptée à la compréhension du rôle joué par le monde associatif contemporain dans toute sa diversité. En effet, Tocqueville opposait, conformément à la tradition libérale, l’Etat à la société civile, cette dernière étant entendue comme une communauté de citoyens animés par le souci de prendre en charge par eux-mêmes leurs besoins sociaux. Depuis ces réflexions séculaires, les associations ont été institutionnalisées en France sous la forme juridique de la loi de 1901 (non sans conflits idéologiques entre laïcs et catholiques), elles se sont très fortement développées et ont établi des relations croissantes d’interdépendance avec les pouvoirs publics. A telle enseigne, qu’il est devenu vain de raisonner en opposant ces deux acteurs qui coopèrent dans de nombreux domaines des politiques publiques tels que la santé, le social, l’insertion, l’environnement, la défense des droits, la politique de la ville, le logement, l’éducation, le sport et la culture, le tourisme, etc.

Dans les années 1990, plusieurs travaux, menés notamment sur le rôle des associations dans les politiques d’insertion professionnelle, ont conceptualisé la notion « d’économie solidaire » et ont ainsi participé à l’institutionnalisation d’une nouvelle catégorie politico-administrative, aujourd’hui officielle : « l’économie sociale et solidaire ». Ces travaux prophétisaient ainsi l’émergence d’un « troisième secteur », hybride entre l’Etat et le marché, susceptible d’incarner une « économie plurielle »[1]. Trente ans plus tard, quel bilan peut-on tirer de rétrospectivement de ces réflexions ? Partant d’une réflexion critique de ces travaux, comment repenser les évolutions contemporaines du monde associatif ? Pour répondre à cette question, je m’appuierai notamment sur la précieuse synthèse réalisée par Simon Cottin-Marx[2].

 

[1] Voir Hély, Matthieu, et Pascale Moulévrier. « L’économie sociale et solidaire : de l’utopie aux pratiques », février 2013. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02173044.

[2] Cottin-Marx, Simon. Sociologie du monde associatif. Paris, France: la Découverte, 2019.


Ouvert à tous