Un historien du nazisme en république

Intervenant : Johann Chapoutot, Professeur d'histoire contemporaine à l'Université Paris-Sorbonne

Discutante : Martine Kaluszynski, Directrice de recherche CNRS - Pacte

 

Historien du nazisme, Johann Chapoutot a construit une œuvre attachée à rendre intelligible une idéologie trop volontiers rejetée du côté de la monstruosité. De livre en livre, il a ainsi mis en perspective la révolution culturelle nazie, qui est d’abord le triomphe d’un corpus d’idées puisées dans les traditions anti-modernistes, en réaction à la modernité occidentale du tournant des XIXe-XXe siècles, tout en étant donc le produit voire le miroir grossissant. Voilà qui permet de comprendre l’accueil qui a été réservé au nazisme par la société allemande, l’adhésion de ses élites et même la co-construction par une partie de ses dernières d’une doctrine, d’un droit, d’un monde nazi dont Mein Kampf n’est guère qu’une ébauche grossière. Le thème éculé de « l’aveuglement des démocraties occidentales » face au phénomène nazi prend aussi, dès lors, un sens neuf et vivifiant.
Mais le nazisme est aussi un objet de recherche oppressant, propre à violenter l’historien résolu à en pénétrer la logique, qui, pour restituer comment on a pu penser et agir en nazi, a dû s’immerger dans sa vision du monde, des corps et du temps et suivre les résultats auxquels ont conduit cette idéologie en actes. La place du nazisme est cependant telle dans les mémoires, l’imaginaire et les peurs de nos sociétés, qu’il n’est pas permis à l’historien de s’abstraire de la cité, de rester sourd aux questions qui remontent, fussent-elles incantatoires. Parce que face à la loi du sang nazi, il est amené à manier le droit comme la philosophie politique ; il est aussi au cœur d’une république scientifique nécessairement interdisciplinaire.

 



Chercheur.e.s impliqué.e.s : 

Contact : 
Aurélien Lignereux
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