Type de publication:

Articles

Source:

Terrains et Travaux : Revue de Sciences Sociales, ENS Cachan, Volume 9, p.73-89 (2005)

ISBN:

1627-9506

Numéro d'appel:

halshs-00382816

URL:

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00382816

Mots-clés:

acteurs industriels

Résumé:

Avec l'affaire de la vache folle et la controverse sur les OGM émerge un discours récurrent sur la mise en place de la traçabilité dans le secteur agro-alimentaire, dont la caractéristique est d'être porté tant par les associations de défense des consommateurs que par l'Etat et les producteurs eux-mêmes. On assiste ainsi non seulement à une extension des procédures de traçabilité, mais également à un réinvestissement de sens dans cette notion, qui tend à devenir, d'une pratique de suivi et de gestion interne aux entreprises (Cochoy, Garel et de Terssac, 1998 ; Rot, 1998), un outil à grande échelle d'information et de contrôle (Torny, 1998 ; Cochoy, 2002a). Refusant de réduire la traçabilité à une rhétorique publicitaire, cet article analyse, à partir d'une approche socio-économique, son extension dans le secteur agro-alimentaire : sur quels supports matériels et quelles sources d'autorité se fonde l'organisation systématique des activités productives autour de la traçabilité? Quel est le sens de la traçabilité pour les acteurs qui la mettent en oeuvre ? Quelle(s) exigence(s) normative(s) ressortent de la généralisation de ces investissements dans la traçabilité ?<br />Pour répondre à ces questions, nous avons fait le choix de nous interroger sur le contenu et le sens des investissements que suppose la traçabilité chez les acteurs de la production. Nous entendons par « acteurs de la production » à la fois les acteurs industriels au sens large (producteurs agricoles, transformateurs, distributeurs) et les acteurs tiers intervenant dans la régulation des activités de production (services de l'Etat, laboratoires d'analyses, sociétés de certification). Cette approche, centrée sur les producteurs plutôt que sur les consommateurs, prend acte des nombreux travaux qui<br />mettent en doute la pertinence, du point de vue des consommateurs, des nouveaux étiquetages permis par la traçabilité1. Si la traçabilité permet certes de gérer de nouveaux critères de qualification des produits, nous considérons, suivant en cela Franck Cochoy (2002b), que ces critères reposent sur des modifications des réseaux sociotechniques de production : ce sont ces modifications en amont qu'il<br />appartient au chercheur de mettre à jour s'il veut éclairer les dispositifs non-marchands qui sous-tendent et conditionnent les échanges économiques.<br />Le choix de l'observation parallèle des filières concernées par la crise de la vache folle et par la controverse sur les OGM se justifie alors par la possibilité de mettre à jour les raisons poussant les<br />producteurs à la systématisation d'une organisation reposant sur la traçabilité2, dans des contextes qui, s'ils contribuent à une « crise de confiance » générale dans le secteur alimentaire, restent pourtant<br />fort différents. Dans le cas de la viande bovine, la mise en place de la traçabilité doit permettre de conserver certaines caractéristiques de l'animal d'origine3 tout au long des étapes d'élevage, abattage, découpe et transformation, tandis que, dans le cas des OGM, la traçabilité vise moins à transmettre une information déjà disponible qu'à apporter des preuves de l'absence d'OGM (afin d'être en situation légale de ne pas étiqueter le produit comme contenant des OGM) : il s'agit alors à la fois de garantir le caractère non génétiquement modifié des semences d'origine et de garantir l'absence de contamination lors des diverses opérations de transformation. Cette mise en parallèle nous permettra de mettre en question l'identité même de la notion de traçabilité, en pointant différents modèles de mise en oeuvre d'une nouvelle norme orientant les activités de production agro-alimentaire.

Notes:

Humanities and Social Sciences/SociologyJournal articles

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