Type de publication:

Conference Paper

Source:

Sociologie des pouvoirs, pouvoirs de la sociologie, Amiens, France (2017)

Numéro d'appel:

halshs-01727767

URL:

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01727767

Résumé:

Les Activités Physiques et Sportives (APS) sont, depuis les années 2000, au cœur d’un nombre croissant de politiques publiques françaises liées à la santé et désormais inscrites dans la loi avec le « Sport sur ordonnance ». Il semble émaner de ces politiques une « pensée » selon laquelle le sport constituerait un moyen de prévenir les différents risques sanitaires contemporains, mais aussi d’engager les individus dans des pratiques régulières d’entretien de soi en les responsabilisant vis-à-vis de leur bien-être et de leur santé. Les institutions tendent dans ce cadre à penser le sport non plus comme un simple loisir à développer parmi et pour les masses (Pociello, 1999), mais comme un moyen de prévenir les risques sanitaires (Bossy, 2010). Dans ce contexte, les fédérations sportives françaises délégataires ont reçu la demande du Comité National Olympique et Sportif Français d’intégrer un axe sport-santé à leur politique de développement. Cette nouvelle commande amène certaines fédérations à se reconfigurer et à créer des disciplines innovantes, tout en tentant de garder un lien fort avec la pratique traditionnelle. Face à ce rapprochement inédit des champs du sport et de la santé, nous proposons de rendre compte d’un travail de terrain à la fédération française de basketball, dont l’étude de cas permet d’analyser nombre de problématiques cruciales qui parcourent le champ du sport-santé. Il s’agit en premier lieu de questionner l’émergence d’une nouvelle pratique, le « basket-santé », et d’analyser sa réception et sa traduction par les acteurs de terrains (Kaluszynski & Payre, 2013), majoritairement profanes sur le sujet. Cela nous amènera à interroger dans un second temps le rapport qu’entretiennent les fédérations sportives à la construction des politiques publiques de santé : souhaitant obtenir une place importante au sein d’un environnement concurrentiel, les acteurs du sport ont anticipé l’arrivée de la loi de santé de 2016 pour faire valoir leurs compétences en la matière. La communication relate des stratégies déployées et des positionnements opérés, tout autant qu’elle étudie les liens entre le mouvement sportif et les autres acteurs du champ. En effet, un des enjeux actuels pour ces acteurs est d’obtenir le droit de prendre en charge les patients en affection de longue durée ayant une prescription médicale et, plus encore, d’investir un nouvel espace social pour s’emparer d’une part de marché. Professionnels de santé, enseignants en activité physique adaptée diplômés des UFR STAPS, éducateurs sportifs et bénévoles se disputent ce droit en plaçant au centre du débat la question des compétences et du territoire (Abbott, 1988). Des stratégies de partenariat, d’évitement voire d’affrontement sont mises en place entre les différents groupes afin d’influer sur l’action publique, en particulier sur la rédaction actuelle d’un décret d’application et d’une instruction ministérielle. A travers le positionnement de la fédération de basketball, il s’agit de comprendre la façon dont les compétences en matière de santé sont envisagées par le mouvement sportif et les conflits que cela ouvre avec l’ensemble des acteurs. Cela nous permet également d’analyser les luttes inter et infra fédérations sur le sujet du sport-santé, certains revendiquant une expérience ou une organisation plus à même de répondre aux exigences médicales. Cette communication se fonde sur une observation participante, à mi-chemin entre la « recherche-action associée » (Liu, 1992) et « l’observation participante à couvert » (Schwartz et Jacobs, 1979) ainsi que sur seize entretiens semi-directifs et l’observation de conflits d’acteurs sur les réseaux sociaux. L’objet est à la croisée des champs et sera abordé au regard de la sociologie politique et de la sociologie du sport, afin d’interroger les transformations en cours du mouvement sportif et la façon dont les acteurs anticipent, reçoivent et traduisent les politiques publiques de santé par le sport.

Notes:

Humanities and Social Sciences/Political scienceHumanities and Social Sciences/SociologyConference papers