JACQUES LOLIVE

directeur de recherche
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Institutional membership: 
Centre national de la recherche scientifique
Status: 
CNRS Senior researcher (m)
Permanent.e
Research areas: 
Participatory democracy
Environment
Esthétique environnementale
Methodological experimentation
Risk management
Habitability
Inhabit
Mobilisations
politique environnementale
Risk
Sensory
Research team: 
Phone: 
0476822020
Office: 
1317
Address: 
Cité des Territoires 14 av. M. Reynoard 38100 GRENOBLE

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Présentation

Depuis le début de ma thèse, ma recherche porte sur la question environnementale. Pour l’analyser j’ai suivi quatre fils conducteurs qui m’ont permis de baliser des champs différents. Dans un souci pédagogique, je les présente sous une forme chronologique mais ils se trouvent articulés dans mes recherches actuelles. 

 

1.    Le premier fil, c’est la cause environnementale, l’environnement analysé comme une cause de mobilisation (1994-2001). En étudiant des mobilisations des associations de défense de l’environnement contre des grands projets d’infrastructure (TGV Méditerranée, autoroute A8bis), j’ai pu analyser les stratégies associatives et leur capacité à monter en généralité : comment elles parvenaient à rendre un mécontentement légitime au regard d’un système de normes et de valeurs. Comment elles fabriquaient, selon différentes modalités, un intérêt général alternatif pour sortir du Nimby. J’ai utilisé la mobilisation associative pour analyser le fonctionnement des politiques d’aménagement qu’elles combattaient. Ce sont des politiques à boîte noire dont le référentiel est inscrit dans les dispositifs techniques et l’expertise qui les formate. Ainsi le dispositif technique c’est de la politique cristallisée. Enfin ces mobilisations associatives et la diffusion des principes environnementaux impulsent des changements dans les pratiques d’aménagement — renforcement du poids de l’évaluation environnementale, développement des procédures de participation du public. Ce que j’ai appelé avec d’autres l’émergence de la planification environnementale. 

 

2.    Le second fil conducteur pour étudier l’environnement, c’est le risque environnemental (2001-2003). J’ai voulu me recentrer sur la question environnementale et étudier cette dynamique qui perturbe et fragilise l’aménagement. Je me suis intéressé aux risques notamment parce que c’est à travers ces risques que l’efficacité de la question environnementale est la plus grande. J’ai redéfini l’environnement comme ce qui a été externalisé par les aménageurs et leurs expertises. La question environnementale correspond alors au retour des externalisés : à ce que les aménageurs appellent les conséquences non-intentionnelles de l’action. Ainsi la crue du Var de novembre 1994 rappelle la présence dans l’agglomération niçoise d’un fleuve dont le régime climatique montagnard et méditerranéen présente des risques sérieux pour l’urbanisation. Ces risques sont aggravés par l’artificialisation du fleuve, conséquence des appropriations multiformes (endiguements, extraction de granulats, réalisation d’équipements dans les lits majeur et mineur) dont il a fait l’objet depuis 1847. Le « retour » du Var se fait sous la forme du risque d’inondation. Il bloque les projets d’urbanisation sur la rive gauche et les grands projets d’aménagement et de transport soutenus par l’État. En effet, le risque peut mettre en péril la cohérence et la légitimité des aménagements passés et des projets en cours. La question environnementale possède ainsi une forte capacité de perturbation, de blocage des politiques d’aménagement. Pour rendre opérationnelles ces analyses, j’ai participé à la conception d’une méthodologie de prévention des controverses au sein d’un collectif de chercheurs (impulsé par Bruno Latour) et j’ai expérimenté cette conduite de projet qui renforce les défenses du projet innovant en intégrant les informations d’une controverse simulée. 

 

3.    De 2003 à 2013, mes recherches ont porté sur les cosmopolitiques que j’ai redéfinies comme des politiques fondées sur la relation environnementale sensible, médiale et esthétique. Reformulées par Isabelle Stengers et Ulrich Beck, les cosmopolitiques constituent un cadre théorique adéquat qui analyse les conditions d’émergence de politiques écocentréesplaçant la question environnementale au cœur de leur action. La dimension planétaire de ces « politiques du monde » leur est conférée par les risques globaux qui pèsent désormais sur l’ensemble de la planète. Pour explorer cette notion problématique, j’ai organisé, avec Olivier Soubeyran (PACTE) un colloque international qui s’est tenu à Cerisy la Salle du 20 au 27 septembre 2003. Les débats du colloque ont permis d’exprimer des inquiétudes et d’indiquer des éléments de réponse. Comment élargir la politique à d’autres êtres que les humains sans développer pour autant une conception « naturalisée » de la politique qui renforce l’emprise des experts scientifiques et l’influence des mouvements se réclamant de l’écologie profonde ? Il faut revaloriser la dimension humaine et relationnelle de l’environnement, Pour cela, il faut prendre en compte le rapport au milieu exprimé par les habitants et les riverains qui est tout à la fois sensoriel, sensible, imaginatif et signifiant. L’esthétique m’a semblé l’entrée pertinente et originale pour aborder ces relations entre l’homme et son environnement. J’ai étudié surtout les phénomènes récents qui valorisent cette conception de l’environnement : l’art écologique qui transforme les relations entre les arts, la recherche et l’éthique pour associer les fonctionnements écologiques, symboliques et esthétiques ; l’esthétisation de l’espace public dont témoignent les interventions croissantes des artistes dans les espaces publics et les mobilisations associatives qui utilisent la thématique esthétique pour justifier leur combat. Elle favorise l’émergence d’une politique des formes, d’une politique innovante bâtie autour des enjeux esthétiques et sensibles et qui constitue une redéfinition des cosmopolitiques. Ces différentes recherches m’ont permis de définir des notions pour baliser cette nouvelle politique et d’esquisser des pistes méthodologiques pour la mettre en œuvre. 

 

4.    A partir d’avril 2014, je suis parti travailler au Brésil pour monter un programme de coopération franco-brésilien entre quatre laboratoires (PACTE, CRESSON côté français, et CETESB - l’agence gouvernementale de l’État de São Paulo en charge des risques et de l’environnement, FSP USP – la Faculté de Santé Publique de l’Université de Sao Paulo côté brésilien). Il porte sur l'articulation des approches sensibles de la ville et de l’habiter avec celles des risques environnementaux. Cette coopération internationale est une occasion privilégiée d’opérationnaliser mes analyses. Notre recherche est centrée sur la notion de société du risque qui nous permet d’analyser le nouveau milieu de vie des humains et qui explique comment l’habiter est devenu problématique dans les zones à risques. La société du risque est une hypothèse heuristique qui considère que le risque est devenu l’horizon indépassable de notre modernité tardive au point de constituer désormais notre propre milieu de vie. Elle pointe ainsi la grande vulnérabilité des espaces habités, et notamment des grandes métropoles du monde. Je m’appuie sur cette hypothèse pour développer avec mes partenaires brésiliens une nouvelle culture du risque, c’est-à-dire pour expérimenter des méthodes participatives basées sur mes recherches précédentes qui permettent la prise de conscience du risque par les populations exposées mais expriment également leur droit de vivre aussi bien que possible dans cette société du risque. Comme terrain d’étude, nous avons choisi l’État de São Paulo qui constitue un terrain privilégié d’analyse et d’expérimentation pour une recherche sur la société du risque avec une forte imbrication des zones d’habitat légal et des favelas avec des activités industrielles diversifiées, de voies de communication saturées et de zones contaminées envahissantes (5400 recensées en décembre 2015 !). Les connaissances produites par la recherche permettront d’améliorer les politiques de gestion des risques à travers l’élaboration d’un protocole de sensibilisation, communication et participation qui sera mis en œuvre par la CETESB sur l’ensemble du territoire national. Il est rare que des projets de recherche débouchent directement sur une transformation des politiques publiques et cette originalité du projet explique son soutien par la FAPESP, le Fonds de soutien de la recherche de l’État de São Paulo.