Amélie Artis soutient son HDR

Amélie Artis soutient son HDR

HDR dirigé par Jérôme Blanc, Professeur des universités, Institut d’Études Politiques de Lyon

 

Sujet de HDR : L’entreprise collective d’ES comme unité conceptuelle pour une recherche institutionnaliste de l’ES

 

Composition du jury :

Jérome Blanc, IEP de Lyon, Triangle (Garant)

Marilyne Filippi,  Université de Bordeaux - Bordeaux Sciences Agro  et UMR SAD-APT équipe PROXIMITES, Université de Paris-Saclay

Bernard Baudry, Université Lyon 2, Triangle

Franscesca Petrella, Université Aix Marseille, LEST – Institute of Labour Economics and Industrial Sociology (UMR 7317)

Koutsou Stavriani,  International University of Greece

 

Résumé : 

Le choix d’une recherche en économie sociale

Nous ne prétendons pas trancher les débats entre économie sociale, économie solidaire, entrepreneuriat social, ces termes révélant des différences d’approches et d’orientations théoriques. Nous souhaitons par contre fonder les bases d’une approche unifiée de la recherche en économie sociale (ES). Nous proposons dans ce travail de montrer comment le concept d’ « entreprise collective d’ES » est quant à lui un concept pertinent comme unité d’analyse pour le chercheur et comme révélateur d’une société plurielle. Ce concept permet de penser l’originalité de l’entreprise collective d’ES dans un pluralisme institutionnel tout en ancrant notre réflexion sur les interactions entre les différentes formes d’entreprises et avec leur environnement institutionnel.

 

Par rapport à aux analyses de l’ES comme alternative à l’économie capitaliste, nos travaux proposent une orientation différente. Nous analysons comment les entreprises collectives d’ES, organisations économiques de l’ES, s’intègrent dans le changement institutionnel et contribuent à la soutenabilité de notre système économique. Nous admettons bien sûr que les entreprises collectives d’ES sont une alternative à la firme actionnariale, cette alternativité étant confirmée en particulier par les règles de gouvernance, les règles de répartition des excédents de gestion et par les finalités de l’activité économique. Cependant, nous proposons de ne pas utiliser cette lecture en confrontation, en face à face (capitaliste versus altérité), pour privilégier une approche globale et systémique de l’imbrication de principes économiques variés, articulant des ordres économique, politique et domestique dans une économie plurielle.

 

Dans ce contexte, notre problématique est donc de mieux comprendre pourquoi et comment l’entreprise collective d’ES émerge et se développe dans notre système économique. Les entreprises collectives d’ES sont aujourd’hui des acteurs économiques importants dans plusieurs secteurs d’activités, et en particulier dans des secteurs en mutations[1]. Nous postulons que la compréhension des modes de coordination interne à l’entreprise collective d’ES et des trajectoires institutionnelles de ces entreprises contribuent à mieux comprendre les régulations de notre système économique et les dynamiques mêmes du capitalisme et de la firme capitaliste. L’entreprise collective d’ES est en prise avec le capitalisme dans un rapport dialectique, avec une forte porosité entre les transformations de son environnement socio-économique et ses propres transformations.

 

De l’objet à un programme de recherche

Le point commun de nos travaux académiques est de s’intéresser aux entreprises collectives d’ES engagées dans les activités économiques de plusieurs secteurs d’activités. Notre point de départ est de comprendre pourquoi il existe des entreprises collectives d’ES et dans quelle mesure leur existence, leur succès, leur disparition sont révélateurs du fonctionnement de notre système économique.

 

Nous nous inscrivons dans une école de pensée institutionnaliste au sens large, sans clivage ni dogmatisme. Nous mobilisons plus particulièrement la théorie des conventions qui permet de mieux qualifier la diversité des conventions entre les organisations, entre les organisations et les individus, et entre les individus. Nous complétons notre analyse avec la théorie de la Régulation pour mieux comprendre les modes de coordination individuels et collectifs dans les différents échelons des régulations (macro-économiques et mésoéconomiques, et territoriaux).

 

D’abord, le premier apport de notre mémoire d’habilitation à diriger les recherches est de dépasser le cadre d’une recherche sur les objets d’ES pour construire un programme de recherche en ES fondé sur l’économie institutionnaliste et en prenant l’entreprise collective d’ES unité d’analyse, et celle-ci incarnant l’ES en tant que telle.

 

Puis nous avons mis en lumière la permanence de l’entreprise collective d’ES comme arrangement contractuel particulier et comme forme institutionnelle. Alors que la focalisation sur des cas particuliers ou des secteurs d’activité règlementés grossissent les trajectoires de banalisation des entreprises collectives d’ES, nous avons mis en lumière des trajectoires d’innovation, d’adaptation et de transformation sociale d’entreprises collectives d’ES. Ainsi, nous avons souligné que, comme toute forme d’entreprise, et comme le système capitaliste lui-même, les entreprises collectives d’ES sont au cœur de dynamiques institutionnelles micro, méso et macroéconomiques. Elles sont alors autant en proie à l’isomorphisme institutionnaliste qu’à l’innovation organisationnelle et institutionnelle.

 

Enfin, nous avons montré comment les entreprises collectives d’ES contribuent à la reproduction et la durabilité de notre système économique. En effet, l’étude des conventions internes des entreprises collectives d’ES a souligné la mobilisation des principes de l’intégration de marché, de la redistribution et de la réciprocité. En effet, les conventions internes de ces entreprises se distinguent de celles de la firme actionnariale dans la régulation du pouvoir et dans la répartition des richesses. Notre approche dynamique a mis en lumière les évolutions dans l’imbrication entre ces principes d’intégration. Aujourd’hui, l’étude des entreprises collectives d’ES dans plusieurs secteurs d’activités (énergie, mobilité, alimentation, finance) montre une variété des formes de marchandisation. Or, des formes de marchandisation différentes peuvent a priori induire des transformations dans les régulations existantes. En outre, au niveau macroéconomique, des formes de complémentarité et de hiérarchies institutionnelles différentes peuvent conduire à différents types de capitalismes, reposant sur des rapports sociaux également différents.

 

Ainsi, dans notre mémoire d’habilitation, nous proposons de commencer par la reconstruction logique de notre cadre théorique et de notre intention de recherche, puis nous exposons comment nous avons mobilisé ce cadre sur nos objets pour finir sur nos perspectives de recherche, dévoilant de nouvelles inflexions et un retour réflexif sur notre travail.

 

Mots-clés : institutionnalisme, économie politique de l’entreprise, entreprise collective, économie sociale et solidaire, coopératives, finance solidaire, implantation territoriale.



Researchers involved: 

Ouvert à tous