Souveraineté et néolibéralisme

Souveraineté et néolibéralisme

Colloque organisé par la MSH-Alpes, dans le cadre de son axe Langages & Politiques, en partenariat avec l'IPhiG, l'UMR PACTE, l'UMR Triangle, et avec le soutien de Grenoble INP - UGA.

 

Le concept de néolibéralisme fait l’objet, depuis au moins une dizaine d’années, d’une intense appropriation politique et militante, du fait d’un ensemble de réflexions théoriques visant à en apprécier l’intérêt et la portée, en regard notamment du libéralisme classique et de ses variantes déjà répertoriées (anarcho-libéralisme, ordolibéralisme, etc.). Le point de départ de ces nouvelles études a incontestablement été la publication en 2004 du cours de Michel Foucault, Naissance de la biopolitique, relayé en 2009 par le livre de P. Dardot et C. Laval, La nouvelle raison du monde, qui proposait à partir de ce cours une interprétation ambitieuse de la trajectoire politique des sociétés occidentales de la fin de la guerre jusqu’à cette date. Ces travaux ont ouvert la voie à un ensemble de discussions autour de la notion même de néolibéralisme, dont plusieurs définitions sont aujourd’hui disponibles, quand sa pertinence même n’est pas remise en cause.

 

L’hypothèse de travail de ce colloque n’est pas tant de se fonder sur une (nouvelle) définition univoque du néolibéralisme que de l’étudier au prisme de la notion de souveraineté. Car peut-être en effet est-ce moins, en définitive, du côté de la théorie économique ou sociale stricto sensu qu’il faudrait chercher la signification de ce concept, que du côté, proprement politique, d’un raidissement autoritaire du libéralisme classique, qui implique la reconnaissance explicite du rôle de l’État et des institutions publiques dans la construction d’une société de marché. Plutôt que de chercher à donner une description unique et définitive d’un courant théorique protéiforme, il s'agira d'étudier comment se regroupent sous ce label les différentes modalités par lesquelles les décisions gouvernementales ont, depuis plusieurs années ou décennies, articulé la logique du marché à une reprise en main autoritaire de la puissance publique, dont les effets se font ressentir aussi bien sur le plan intérieur que sur le plan extérieur.

 

La notion de souveraineté apparaît alors comme un point où se concentrent les difficultés de telles logiques contemporaines de gouvernement. De fait, il y a un paradoxe évident à prétendre articuler l’impersonnalité d’une logique économique qui se veut mondialisée à l’arbitraire d’une décision étatique souveraine. On comprend ainsi comment la logique même de la souveraineté peut sembler devoir être retournée contre cet usage autoritaire au service du marché, dans une forme de reprise en main de la puissance publique contre les puissances économiques globalisées (en particulier les grandes firmes transnationales), au service cette fois d’une démocratisation authentique de la vie sociale. C’est la raison majeure du retour en force du concept de souveraineté dans le débat public, un concept qui se voit ainsi réapproprié par à peu près l’ensemble du spectre politique. La question cruciale est alors de savoir si et à quelles conditions la souveraineté, dont la définition paraît désormais cristalliser les enjeux fondamentaux du débat politique contemporain, permettrait en effet un tel renversement des tendances autoritaires de la vie politique contemporaine.

 

Ce colloque interdisciplinaire a donc pour objet d’étudier les modalités de ce débat autour de la souveraineté dans ses rapports avec le néolibéralisme ainsi que de fournir une plateforme d'échanges aux chercheuses et chercheurs travaillant sur le sujet depuis différentes perspectives inscrites dans le champ des sciences sociales.



Researchers involved: 

Ouvert à tous