bouillej's picture
Institutional membership: 
Sciences Po Grenoble
Status: 
Resarch associate (m)
Non permanent.e
Research areas: 
Qualitative analysis
Energy
Quantitative survey
Quantitative methods
Public opinion
Research team: 

Onglet(s)

Présentation

Après un contrat CIFRE en partenariat avec la R&D d'EDF (Paris) et le laboratoire PACTE (Grenoble) et d'ATER à Sciences Po Grenoble, je finalise une thèse sur la perception du problème des économies d'énergie saisie par l'opinion publique.

Dans le même temps, dans le cadre d'un partenariat industriel entre le CNRS et EDF, je travaille à la mise en place d'un sondage expérimental visant à mesurer la perception des risques industriels.

Mes centres d'intérêts professionnels portent sur l'analyse quantitative et qualitative des phénomènes d'opinion et de perception des problèmes publics, leurs dimensions cognitives, affectives ou comportementales.

Subject: 
L'énergie comme problème ? Comment les citoyens ordinaires construisent des opinions autour du problème public de l'énergie
Dates: 
November, 2011 to September, 2017
Supervisor(s): 
External supervisor(s): 
Mathieu Brugidou
Abstract: 

Pour réduire la pression engendrée par nos modes de consommation sur les écosystèmes, deux types d’action sont habituellement envisagées : le développement de nouvelles technologies moins consommatrices d’énergie d’une part, un changement des comportements et des attitudes de consommation d’autre part. Sur ce second point, nombre d'acteurs ayant accès à l'espace public contribue à orienter et promouvoir certaines injonctions normatives pour définir la « bonne » pratique. Or, ces injonctions ne sont ni stables, ni homogènes : elles font l'objet de controverses et donnent lieu à des reformulations discursives parfois dissonantes. Entre enjeux technologiques, économiques, écologiques, sociétaux, etc. l’énergie comme problème public est alors soumise à un cadrage par des ordres normatifs dynamiques définissant certaines déviances et se voit proposer des solutions reconnues comme légitimes sous l’effet, entre autres, de l’action publique.

 

Or, ce niveau de description fait l’économie de la parole des citoyens « ordinaires », couvrant ainsi un présupposé instrumental commun qui estime que les citoyens dotés de la « bonne » information agissent « correctement ». Ce présupposé est contestable car un problème public et ses solutions s’incarnent dans des dimensions matérielles, cognitives et sociales dont les citoyens « ordinaires » sont, au final, les dépositaires. Ni surcompétents, ni incompétents, ils construisent du sens à travers ces ordres normatifs concurrentiels et cherchent à le rendre compatible avec leurs modes de vie, les dispositifs sociotechniques auxquels ils sont adossés, mais aussi avec leurs valeurs et leurs intérêts. Pour ce faire, la confrontation de leurs opinions et l’ajustement collectif de leurs convictions sont nécessaires.

 

Reprenant certaines intuitions du pragmatisme, la thèse fait l’hypothèse que sur les enjeux liés à l’énergie peuvent se former des publics intermédiaires partageant les formes du problème public et pour qui certaines solutions collectives légitimes peuvent s’ébaucher. Les approches mettant l’accent sur les structures de consommation, les variables sociodémographiques ou l’écart entre les dimensions attitudinales, comportementales et d’opinion mettent tantôt l’accent sur les structures, tantôt sur les individus. Or, l’agent « ordinaire » est tout autant citoyen, consommateur ou utilisateur de l’énergie embarqués dans diverses communautés, et il s’exprime tout autant sur des scènes publiques que sur d’autres touchant à l’intime, illustrant par là l’ambivalence et la labilité de l’opinion.

 

Il s’agit donc d’observer les dimensions de l’appropriation du problème public de l’énergie au quotidien, son partage comme objet collectif et la normalisation des solutions. Dans ce cadre, les normes sociales émergentes peuvent être conçues comme des ressources pour l’action : elles fournissent des registres de justification, réhabilitation, stigmatisation, explication, etc. testés collectivement et sur lesquels il y a accord. Les individus intègrent progressivement des grammaires normatives qu’ils questionnent dans leurs modalités d’application ou dans leur légitimité avant d’en faire des routines discursives. Il est alors nécessaire de resituer la parole des citoyens dans son contexte de formation, d’être attentif aux modalités du partage et d’ajustement des énoncés, à l’engagement des citoyens sur le problème et à la distribution sociale des compétences mobilisées.

 

Deux terrains sont mobilisés : durant la campagne présidentielle de 2012, moment politique d'ampleur, et en contexte de routine en région PACA, à travers des méthodologies qualitatives et quantitatives ; respectivement deux forums ouverts sur internet et deux vagues de sondages.