KHALED AMRANI

Agronome-Doctorant
Portrait de amranik
Affiliation : 
Université Grenoble Alpes
Statut : 
Doctorant
Non permanent.e
Domaines de recherche : 
Agro systèmes arides vulnérables
Aménagement
Développement durable
Protection et préservation des bioressources sahariennes
Équipe de recherche : 

Onglet(s)

Présentation

Ingénieur agronome de formation,  j’ai exercé dans un premier temps en tant qu’éleveur apicole en Algérie puis entre 2004 et 2014 en France en tant qu’inspecteur phytosanitaire à la DRAAF 69 et à la DDT 38. J’ai initié en 2009 des démarches de « pre-thèse », participation à des séminaires, auprès de différents établissements en France (CIHEAM-IAM Montpellier, le CIRAD, l’Université d’Angers), en Tunisie (avec le CARI : Centre d’Action et de Réalisation Internationale) et en Algérie (à l’université Kasdi Merbah d’Ouargla).  En 2014, j’ai validé une inscription en thèse de doctorat avec le laboratoire PACTE à l'Université Grenoble Alpes sous la direction d’ Emmanuel MATTEUDI et de Nadir BOUMAZA avec la codirection de Abdelhakim SENOUSSI de l’université Kasdi Merbah d’Ouargla. Ma recherche porte sur l'évaluation de la durabilité des agro systèmes oasiens et des perspectives d’évolution. 

Titre de la thèse : 
Durabilité des agro systèmes oasiens, évaluation et perspectives de développement
Directeur.s / Directrice.s extérieur.e.s : 
MATTEUDI Emmanuel / BOUMAZA Nadir / SENOUSSI Abdelhakim
Résumé de la thèse : 

Corpus théorique et problématique générale :

La question de la valorisation de la datte algérienne en général, semble poser des problèmes d’adaptation à la modernité. Avec un rendement qui peine à atteindre les 50 kg/palmier à Ouargla, point focus de notre étude, alors que le potentiel productif d’un palmier est de 150 kg/palmier, il est tout a fait raisonnable de parler d’une agri-phoeniciculture techniquement non performante. Pourtant, les programmes développés par les politiques publiques en guise de modernisation des exploitations agricoles n’ont pas manqué d’ambition. Des moyens financiers ont été débloqués et les programmes de développement se sont succédés sans pour autant atteindre les objectifs escomptés. Cette situation renvoie à des défaillances techniques dans les choix et les modèles stratégiques adoptés le plus souvent exogène, ne tenant pas compte des conditions socioculturelles et techniques du milieu. (Matteudi, 1997 ; Senoussi, 1999 ; Bouammar et Bekhti, 2008 ; Boumaza, 2012).

Un gigantesque chantier multi-acteurs nous parait de ce fait indispensable pour repenser les modes d’une agri-phoeniciculture fondée sur des objectifs de croissance économique dans une optique de durabilité. Par référence aux différents constats relatés par la littérature scientifique concernant la filière phoenicicole en Algérie et dans le monde ; carences techniques, juridiques et réglementaires, érosion des savoirs, désorganisation des marchés, désintéressement (Ferry et al, 1999 ; Nejjar, 1999 ; Conforti et Tonneau, 1999 ; Rahmani, 1999 ; Toutain, 1999 …), constats valables pour la cuvette d’Ouargla, le problème de la valorisation de la filière datte relèverait de trois grands domaines scientifiques de référence : l’agronomie, l’économie et la sociologie. L’interaction de ces trois domaines répond au concept normatif de la durabilité qui intègre une vision intergénérationnelle et exprime la capacité à répondre aux besoins des générations présentes sans compromettre celle des générations futures à satisfaire les leurs. (Brundtland, G.H, 1987).   

Sur le plan socio-économique la datte algérienne souffre d’une défaillance au niveau des circuits de commercialisation captée par des filières plus organisées notamment en Tunisie. Le marché algérien de la datte est régi par une spéculation déloyale ne profitant guère qu’aux intermédiaires. Cette organisation est probablement conforme aux règles d’une économie marchande qui fait fonctionner les marchés, mais s’opère selon un mécanisme inéquitable entre les différents acteurs économiques. Les producteurs, épine dorsale de la filière, ne tirent que peu de bénéfices de cette organisation ce qui a pour conséquences un délaissement de la palmeraie.

Sur le plan agronomique, le système phoenicicole traditionnel caractérisé par un savoir-faire agrotechnique hérité s’oppose au système moderne qui s’accapare les moyens de production et focalise toutes les attentions malgré son approche productiviste peu durable. La cohabitation des deux systèmes génère à l’état actuel des anomalies ayant trait aux trois dimensions de la durabilité. Le système moderne productiviste a été instauré par l’Etat  pour des fins de développement agricole. Or, le profil des candidats, les programmes suivis et les moyens déployés ne correspondaient pas nécessairement aux conditions du milieu local. En dépit du cout de production économique, venait s’ajouter les conséquences environnementales et sociétales. Incapable de concurrencer le système moderne, l’agriculture traditionnelle paysanne souffre aujourd’hui de délaissement. Livrée à elle-même, la gestion de la palmeraie ne répond plus aux normes de partage de l’eau d’irrigation et de l’entretien des drains. Il en résulte une salinisation des sols et de l’eau car problème d’évacuation des eaux résiduelles et une régression de la fertilité des sols et par ricoché de la valeur marchande des dattes.  De plus, le morcellement des parcelles suite aux héritages successifs génère des conflits d’intérêt dans lesquelles la spéculation immobilière prend une dimension préoccupante. Il suffit pour cela d’observer le taux de béton qui envahi chaque année la palmeraie. Actuellement prés de 60 % de ksar d’Ouargla est envahi par le béton qui gagne annuellement prés de 1% de surface de la palmeraie.

L’équation à résoudre porterait sur trois facteurs problématiques : la perte de la valeur marchande des dattes corrélée à des problèmes de salinité lesquelles génèrent le désintéressement. 

La résolution de cette équation relèverait d’une approche pluridisciplinaire dans laquelle l’agronome, l’économiste, le géographe et le sociologue apporteraient leur concours. Ce vaste chantier permettra de repenser les modes d’une agri-phoeniciculture fondée sur des objectifs de croissance économique. La légitimité politique de l’État, dans ce contexte, résultera de sa capacité à élaborer des compromis institutionnalisés sur des bases conjuguant principe d’efficacité économique et valeur de justice sociale. (El Aoufi, 2009)

Telles sont les préoccupations de ce travail de thèse qui porte sur l’initiation de démarches de durabilisation des agro systèmes oasiens. Le cas de la cuvette d’Ouargla nous interesse plus particulièrement compte tenu de l’état de dégradation de la palmeraie. Entre système traditionnel, livré à lui-même et système moderne qui peine à se procurer des parts de marchés, la phoeniciculture dans la région de Ouargla serait à repenser selon des modèles à construire et expérimenter avec les acteurs locaux. Il s’agirait de puiser dans le savoir-faire ancestral, des solutions pragmatiques. Cette démarche corrobore avec la pensée agronomique de Briaune (1798-1885) préconisant l’amélioration de l’existant avant de réinventer et à laisser place à la pratique locale (Simonin et Vatin, 2007).

La définition de pratiques agricoles économiquement optimale étant un objectif à atteindre. Mais les procédés ne devraient être mis en œuvre que s’ils apporteraient le plus grand bénéfice aux agriculteurs. Cette optimalité de pratiques économiquement rentable se jugerait de deux manières : pour une pratique ancienne, cas de l’agriculture paysanne oasienne, il est possible de se fier à l’étendue de son application car « tout un pays ne court pas à sa ruine, et personne n’a plus d’esprit et de jugement que tout le monde. », alors que pour une pratique que l’on introduirait il faudrait « se livrer à des calculs qui permettraient l’appréciation de la méthode dans de nouvelles positions » (Briaune, 1841a, p. 311 in Simonin et Vatin, 2007)

Ainsi, ce travail de thèse portera sur la valorisation de la filière datte dans une optique de durabilité. Chaque élément de l’agrosystème oasien sera analysé en terme de rôle et d’interdépendance éventuelle par rapport à un tout : le système. C’est à l’issue de ce diagnostic à tendance systémique, que des anomalies majeures seront identifiées permettant de priorisé des actions d’amélioration.