Bureau des dépositions

Bureau des dépositions est une création et une recherche, entre art conceptuel, droit et sciences humaines, menée depuis 2018 à Grenoble, par dix co-autrices, co-auteurs : 

Mamadou Djouldé Baldé, Ben Bangoura, Aliou Diallo, Pathé Diallo, Mamy Kaba, Ousmane Kouyaté, Laye Diakité, Sarah Mekdjian, Marie Moreau, Saâ Raphaël Moundekeno.

 

Plus précisément, Bureau des déposition a commencé à s'élaborer en 2018, au Patio solidaire, squat occupé par des personnes principalement en demande d'asile sur le campus de l'Université Grenoble Alpes, dans d'anciens locaux voués à destruction d'un laboratoire de recherche en droit. 

Les co-autrices, co-auteurs étudient et oeuvrent à transformer plusieurs formes contemporaines de gouvernementalité : notamment la multiplication de différentiels juridiques entre citoyens et étrangers, demandeurs d'asile, réfugiés..., la flexibilisation de ces statuts et leurs mises en concurrence, en lien notamment avec le procès de capture de la force de travail. 

 

Les dix co-autrices, co-auteurs étudient ensemble, écrivent des textes, et les performent en public depuis des temps de lecture et d'improvisation, qui les prolongent et les questionnent.   

Bureau des dépositions. Exercice de justice spéculative, Minen Kolotiri. Sculpter le droit par le droit, sont ainsi des performances artistiques, juridiques et de recherche, où les dix co-autrices, co-auteurs, sur scène et en public,  remettent en jeu leurs textes depuis des temps parlés improvisés, appelés aussi palabres.

Ces performances, activées depuis des institutions artistiques et scientifiques (Centre national d'art contemporain à Grenoble, Scène nationale de théâtre L'Hexagone, Université Grenoble Alpes...), repose sur un contrat de co-auctorialité signé entre l'ensemble des co-auteurs, co-autrices (oeuvre originale de collaboration, selon les termes du code de la propriété intellectuelle), qui stipule que les co-auteurs, co-autrices sont non-interchangeables. 

Des contrats sont également signés avec les institutions qui invitent la performance, ou invitent les co-autrices, co-auteurs à des résidences de recherche ou création. Ces contrats stipulent que si un des co-auteurs ne peut être physiquement avec les autres pour créer, performer, en raison de l'évolution de son statut administratif (expulsion, transfert, privation de liberté...), la performance ou la résidence ne peut continuer à être créée, ni avoir lieu. 

Cette situation s'est déjà produite en mai 2019. Alors invités en résidence de création au Centre national d'art contemporain à Grenoble, deux co-auteurs ont été éloignés du territoire français contre leur gré pendant 90 jours, en raison de leur statut administratif. La résidence de création n'a pas pu avoir lieu. 

 

Les co-autrices, co-auteurs du Bureau des dépositions, avec le conseil d'une avocate au Barreau de Paris, Me Greig, travaillent au dépôt d'une requête juridique pour demander à un tribunal compétent qu'il constate les atteintes et entraves subies en raison de ces éloignements, notamment atteinte à intégrité de l'oeuvre, atteinte au droit de divulgation de l'oeuvre, entrave à la liberté de création artistique.

 

Cette étude, cette création est soutenue par le Magasin des Horizons, Centre national d'art contemporain de Grenoble, la Direction de la culture, UGA, la biennale Manifesta d'art contemporain (Marseille, 2020), le programme de création Geyser (théâtre des Subsistances Lyon, théâtre Grütli Genève), la région Nouvelle Aquitaine.  

Des étudiant.e.s  du master 2 "Histoire, théorie et pratique des droits de l'homme", de la faculté de droit de Grenoble, ont participé en 2020 à plusieurs séances du séminaire de recherche "Oeuvrer les limites du droit", associé au Bureau des dépositions. Plusieurs éléments peuvent être entendus sur les ondes de la radio r22 Tout Monde ici. Les partitions de la performance Bureau des dépositions. Exercice de justice spéculative sont publiées aux éditions du Brouillon général, et accessibles sur demande. 

Article du Monde sur le Bureau des dépositions, 19 février 2020, ici


Responsable du projet à Pacte :

Portrait de mekdjias Sarah Mekdjian

Enseignante-chercheure au département de géographie sociale de l'UFR Arts et Sciences Humaines (Université Grenoble Alpes) et au laboratoire PACTE (équipe Justice sociale) depuis septembre 2010.... plus