Droit de réponse

Paroles d'habitants du quartier de la Villeneuve sur le reportage « La Villeneuve, le rêve brisé » diffusé par France Télévisions le 26 septembre 2013

Le 26 septembre 2013, France 2 diffusait dans l’émission Envoyé Spécial un reportage intitulé « La Villeneuve : le rêve brisé » [toujours visionnable ici].

Le quartier de la Villeneuve à Grenoble y est décrit comme une « banlieue », une « cité » et un « ghetto » où règneraient essentiellement « chômage, pauvreté, délinquance et violence ».

Au fil de longues séquences angoissantes filmées la nuit dont certaines ne semblent faites que pour la caméra — comme lorsqu'un individu masqué tire sur un panneau de signalisation devant la journaliste — c'est une « guerre de territoires » entre police et « voyous » qui est mise en scène. Ceux qui ont accepté d'être filmés dans ce reportage sont le plus souvent réduits à des caricatures d'eux-mêmes et à des clichés : jeunes désoeuvrés, mères isolées, habitants dépassés…

Ce reportage a suscité de nombreuses critiques tant sur l'angle choisi que sur les procédés journalistiques employés (notamment le recours à un fixeur jouant le rôle d'un jeune du quartier devant la caméra). Il a aussi provoqué une mobilisation sans précédent  en France des habitants de ce quartier populaire qui ont organisé des manifestations, une pétition, et pour certains se sont formés à la lecture de l’image télévisée pour comprendre ce dont ils avaient été victimes.

Ces habitants ont intenté à l'automne 2013 un procès en diffamation contre France Télévisions jugé le 15 mai 2014 [voir des compte-rendus de l'audience iciici et ]. En juin, estimant que l'association qui portait plainte n'était pas visée personnellement, le tribunal correctionnel de Grenoble les a déboutés de leur action en justice.

Selon le CSA, en diffusant ce reportage la chaîne a bien « manqué aux obligations déontologiques prévues à l’article 35 de son cahier des charges, la nécessité d’assurer la diversité des points de vue sur un sujet prêtant à controverse n’ayant pas été totalement respectée le reportage n’apparaissant pas suffisamment équilibré » [voir le texte de l'intervention ici].

Pourtant la demande de droit de réponse adressée par les habitants à la chaîne est restée lettre morte.

L’opiniâtreté de ces habitants à faire entendre leur critique des médias nous a semblé constituer un phénomène inédit duquel beaucoup pouvait être appris des relations qui lient aujourd’hui les médias et ceux dont ils ont pour ambition de montrer la vie. Nous avons donc voulu partir à l’écoute de ces habitants, leur donner la parole pour qu’ils racontent non pas leur « ghetto » mais leurs « médias ».

Les témoignages d'habitants de la Villeneuve ont été recueillis à l'occasion du forum « Médias et quartiers populaires » organisé par des habitants du quartier à l'initiative du collectif Villeneuve debout et du Crieur de la Villeneuve, le 22 novembre 2014.

Merci à Pauline, Mohamed, Gérard, Jouda, Jean, Annick, Chedly, Lise et Alain d'avoir accepté de parler à visage découvert de la télévision en général et de ce reportage en particulier.

Le projet Droit de réponse a été réalisé par Gilles Bastin avec l'aide de Benjamin Bultel, Morgane Baghlali-Serres, Sahbi Hammada pour le tournage et le montage, ainsi que des étudiants du M2 journalisme de l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble 2013-2014 pour la documentation.

Plateforme multimedia : RacontR

Publication : Le Crieur de la Villeneuve

​Février 2015




Contact : 
Gilles Bastin
Participants hors labo : 

Association Tempo


A propos du responsable du projet à Pacte :

Portrait de basting GILLES BASTIN

Gilles Bastin est Professeur de sociologie à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble depuis janvier 2017. Il a été recruté dans cet Institut en 2005 comme Maître de Conférences et a enseigné... plus