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Colloque / Environnements
Le 19 octobre 2026
Sciences Po Grenoble - UGA
Il y a 30 ans, Jacques Chevallier débutait ainsi son article consacré à l’anniversaire du statut de la Fonction publique. « Cinquante ans après, le statut est devenu un élément constitutif du système français de fonction publique. Là se situe sans doute la plus belle réussite du texte de 1946 : le fait que cette conception difficile, cette naissance au forceps, à la faveur du contexte politique de la Libération, cette jeunesse relative aient été si vite oubliées ; cette acclimatation exceptionnelle témoigne évidemment de la parfaite congruence entre le statut de 1946 et une certaine conception de l’administration et de l’Etat. »1 Unification, professionnalisation, reconnaissance de droits civiques vont fonder ce nouveau statut.
La loi du 13 Juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dite loi le Pors, formant le Titre 1 du statut général des fonctionnaires a fait évoluer ce statut. D’une part, l’historien Emilien Ruiz relève que si ce statut « comportait un plan de titularisation, il multiplia aussi les dérogations possibles quant à l’emploi statutaire2 ». D’autre part, les contraintes liées à la décentralisation sont prises en compte, tout comme les spécificités hospitalières. La fragmentation réapparaît.
Dans les dernières décennies du vingtième siècle, et plus encore dans la foulée de la loi dite de « transformation de la fonction publique » (2019), les administrations publiques sont marquées par le renouvellement constant d’une préoccupation pour la « modernisation3 », qui traduiraient la formation d’un « souci de soi de l’État4 ». Ces profondes mutations ont ainsi fragilisé le statut et les conditions de l’emploi public5. Au mitan du vingtième siècle, en particulier pour des agents issus des classes populaires, la condition de fonctionnaire pouvait non seulement être associée à une « sécurisation matérielle mais aussi des ressources symboliques, tant en termes d’identification collective que de (…) ces ressources essentielles que sont les protections collectives et les droits sociaux6 ». Au tournant du vingtième et vint-et-unième siècle, la « nouvelle » gestion publique s’impose comme un modèle indépassable, l’externalisation, la contractualisation sont les modes de gestion des services publics plébiscités par les uns ou subis par les autres ne pouvant plus assumer les « charges » de « masse salariale ». RGPP, MAP, RéATE, et autres fusions n’ont cessé de bousculer la fonction publique et ses agents.
Par-delà les conditions d’emploi, ces injonctions modernisatrices transforment les conditions concrètes du travail dans les administrations publiques7, invitant à mieux comprendre la « ‘‘matérialité’’ du travail [sur lequel] repose le déploiement opérationnel8 » des réformes successives. La mise en œuvre des plans de modernisation et des outils du nouveau management public bousculent en profondeur les pratiques réelles des agents : « le désenchantement des agents de l’État résulte ainsi de la difficulté à concilier la conception d’un engagement au service de l’intérêt général avec les réalités d’un métier que les réformes managériales empêchent d’exercer conformément à ses convictions9 ».
Ce colloque vise ainsi à questionner, en croisant les regards de professionnels et d’universitaires, la mutation de(s) statut(s) de ces fonctions publiques, véritable analyseur des mutations de l’administration et de l’État. Ouverte aux professionnels du territoire, cette manifestation permettra à un large public de participer à cette réflexion amorcée, mais non épuisée.
Programme prévisionnel
Table ronde 1 (Dés-)Incarner l’intérêt public ? Mutations des formations et de l’identité professionnelle des agent·es
Willy Pelletier, sociologue et coordinateur général de la Fondation Copernic : La transformation de la haute fonction publique
Fabrice Larat, Responsable de la recherche à l’INSP : Le devoir d’obéissance et le principe de loyauté
Jean-Marie Pernot, ancien secrétaire fédéral CFDT Finances à la fin des 1980s devenu politiste : Les droits des fonctionnaires
Animation : Emmanuel Bellanger, Centre d’histoire sociale des mondes contemporains de l’Université Paris 1
Table ronde 2 : Les mutations en psychiatrie, la disparition d’une profession ?
Jean-Claude Bernard, cadre infirmier psychiatrique à la retraite, ancien directeur de la formation continue au CHS de la Savoie : La fin de la formation spécifique d’infirmier psychiatrique
Etienne Charenton, Infirmier chez GHU Paris psychiatrie & neurosciences : La profession d’infirmier psychiatrique aujourd’hui
Animation : Frédéric Mougeot, Sociologue, Chef de projet de recherche en santé publique et sciences sociales - Réseau de Recherche Rennais
Table ronde 3 : Le « souci de soi » de l’Etat au détriment de la santé des agent.es ?
Odile Join-Lambert, EC Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, PRINTEMPS, Marie Cartier, Université de Nantes, CENS : Protection sociale et fonction publique
Anne Marchand, GISCOP 93 : Le risque amiante dans la fonction publique
Marion Gaboriau, EC Université Clermont-Auvergne, LESCORES : La gestion de l’invalidité dans la FPT le cas de Paris
Animation : François Marchive, Formateur santé sécurité conditions de travail, Institut d’Études Sociales
Table ronde 4 : Un Statut sous tension : externalisation, contractualisation, précarisation.
François-Xavier Devetter, EC Université de Lille, CLERSE et IRES, Julie Valentin, EC Paris 1, CES : L’externalisation du nettoyage
Marie-Julie Bernard, EC Sciences-Po Grenoble-UGA, CERDAP² : La contractualisation dans l’administration pénitentiaire
Aurélie Peyrin, EC UGA, LaRAC : Les contractuels au cœur de l’Etat
Animation : Sophie Béroud, EC Lyon 2, TRIANGLE
Clôture : Projection d’une partie de l’entretien filmé de Anicet Le Pors (Conseiller d’État honoraire, ministre de la Fonction publique et des Réformes administratives-1981-1984), Grand témoin des mutations de la fonction publique
Soirée Ciné-débat à Mon Ciné, Saint-Martin-d’Hères
Projection du documentaire « Hors-Service », de Jean Boiron-Lajous, en présence du réalisateur et de Christelle Maza, avocate, autrice de Souffrance au travail dans le service public, sortir du silence, entrer en résistance (sous réserve)
1 Jacques Chevallier, « Le statut général des fonctionnaires de 1946 : un compromis durable », La Revue administrative, Le cinquantenaire du statut de la fonction publique, 1996, pp. 7-21.
2 Emilien Ruiz, Trop de fonctionnaires ? Histoire d’une obsession française, Paris, Fayard, 2021, pp. 113 et 116.
3 Valérie Boussard, Emmanuel Martin, Nadège Vezinat, « La permanence dans le changement ? Les usages renouvelés de la
« modernisation » des entreprises publiques », Sociétés contemporaines, vol. 97, no. 1, 2015, p. 5-23.
4 Philippe Bezès, Réinventer l’État. Les réformes de l’administration française, Paris, Presses de Sciences Po, 2009.
5 Aurélie Peyrin, Sociologie de l’emploi public, Paris, Armand Colin, 2019.
6 Marie Cartier, Jean-Noël Retière, Yasmine Siblot (dir.), Le salariat à statut. Genèses et cultures, Rennes, PUR, 2010, p. 15.
7 Jean-Marc Weller, Fabriquer des actes d’État. Une ethnographie du travail bureaucratique, Paris, Economica, 2018.
8 Éléanor Breton, Gwenaëlle Perrier. « Politique des mots d’ordre réformateurs. Le travail administratif face aux injonctions modernisatrices de l’État », Politix, vol. 124, no. 4, 2018, pp. 7-32.
9 Alexis Spire, Légitime défiance, Paris, PUF, 2026, p. 281.
Date
Localisation
Sciences Po Grenoble - UGA
Partenaires
CERDAP²
Sciences Po Grenoble-UGA
Université Grenoble Alpes
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