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La construction sociales des individualités pendant l’enfance

Séminaires et ateliers / Régulations, Réseaux, Socialisations, Cultures

Le 11 décembre 2026

Photo de Gheorghe Lupan: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/groupe-d-amis-se-liant-d-amitie-avec-des-bracelets-colores-34124112/

Avec Laure Sève (Laboratoire UTOPI)

Cette thèse interroge la conception dominante de l’individualité humaine, souvent présentée comme le fruit d’un « moi » inné et singulier, où la socialité n’interviendrait que comme frein ou comme contexte propice à son épanouissement. Portée par l’essor de la culture psychologique, cette vision se traduit aujourd’hui par une injonction pour les individus à « être soi » et pour les parents à aider leurs enfants à « devenir eux-mêmes ». Il s’agit alors pour l’enfant de se construire, de se penser et de se présenter comme un être singulier, possédant des caractéristiques et des avis propres, capable de mettre en avant dans les interactions et ses récits d’expériences ce qui fait son « identité personnelle ». Cette conception de l’intériorité semble égalitaire : chaque enfant serait doté d’un « moi » singulier, sans lien avec son lieu de naissance ou son origine sociale C'est contre cette occultation du social que s’est déployée cette recherche. À partir d’entretiens menés auprès de parents et d’enfants de 32 familles de milieux sociaux contrastés, elle met en lumière la construction sociale des individualités, y compris dans leurs dimensions les plus intimes. Elle montre que la possibilité d’« être soi » n’est pas également répartie : les enfants ne sont pas tous disposés, dès un jeune âge, à se penser et à agir comme des êtres autonomes et singuliers.L’analyse s’articule autour de quatre dispositions : les dispositions à l’activité solitaire, à parler de soi, à se sentir singulier et à formuler un avis personnel. Chaque chapitre décrit les pratiques parentales et leurs effets sur les enfants. Les résultats permettent de tracer les contours de deux modèles contrastés de construction de l’individualité, selon l’appartenance de classe.Dans les classes moyennes et supérieures, les pratiques parentales et les conditions matérielles favorisent l’émergence d’individualités conçues comme autonomes et singulières. Les enfants y apprennent à initier leurs activités, à identifier et valoriser leurs traits personnels, et à attendre une reconnaissance de leur singularité. Les parents mettent des mots sur les caractéristiques individuelles de leurs enfants et leur font une place dans leurs pratiques éducatives. Ils leur assurent les conditions matérielles pour cultiver une « vie intime », les incitent à se montrer réflexifs, tiennent des discours sur leurs spécificités individuelles et sollicitent leurs avis personnels. Les enfants apparaissent alors disposés à « être eux-mêmes », autrement dit ils possèdent les dispositions qui leur permettent de revendiquer des caractéristiques individuelles, de les faire reconnaître par d’autres et d’en tirer des profits symboliques. Par comparaison, dans les classes populaires, les pratiques parentales et les conditions matérielles d’existence contraintes des familles construisent les individualités enfantines de manière plus relationnelle. Les parents favorisent le bon déroulement du vivre ensemble plutôt que la prise en compte des caractéristiques individuelles de leurs enfants. Ils privilégient les activités collectives au sein des espaces de vie, s’intéressent aux détails concrets des journées enfantines dans une perspective de gestion du quotidien, mettent en valeur la bonne insertion des enfants au sein de leurs différents groupes d’appartenance et communiquent davantage de manière implicite, par le partage non verbal de positionnements et de goûts. Les enfants de ces milieux, qui acquièrent une conception relationnelle de leur « moi », valorisent davantage la dimension collective de leurs expériences et l’insertion dans leurs groupes d’appartenance.En conclusion, cette thèse démontre que la possibilité d’« être soi » est socialement différenciée. Les inégalités d’accès à cette injonction contemporaine reflètent les conditions sociales, culturelles et symboliques dans lesquelles grandissent les enfants, remettant ainsi en cause l’idée d’un « moi » inné et égalitaire.

Laure Sève est docteure en sociologie de l’Université Toulouse Jean Jaurès et membre du laboratoire UTOPI (Unité de recherche Transitions Organisations Politiques Inégalités).

Animation de la séance : Juliette Grisoni

Date

Le 11 décembre 2026
Complément date

14h-16h

Localisation

Complément lieu

Visioconférence

Publié le 17 septembre 2026

Mis à jour le 17 septembre 2026