Portrait de landrinl
Affiliation : 
Université Grenoble Alpes
Statut : 
Doctorante
Non permanent.e
Domaines de recherche : 
Géographie du genre
Népal
Positionalité du chercheur
Équipe de recherche : 
Courriel : 
Téléphone : 
0679791704
Bureau : 
Nouveau bâtiment
Adresse : 
Cité des Territoires 14 av. M. Reynoard 38100 GRENOBLE

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Présentation

Sujet de thèse : Le théâtre de l’opprimé : laboratoire pour la géographie sociale dans le milieu rural Népalais

Thèse sous la codirection de : Myriam Houssay-Holzschuch (UMR 5194 PACTE, Université Grenoble Alpes) et Isabelle Sacareau (UMR PASSAGE, Université Bordeaux Montaigne) ; rattachement à l’UMR PACTE, Université Grenoble Alpes.

 

Comment le théâtre rencontre-t-il la géographie ?

L’efficacité des normes sociales quelles que soient leur nature, repose sur une incorporation et une démonstration dans l’espace de rôles prescrits, comparables à ce qui se passe sur un plateau de théâtre. Chacune et chacun d’entre nous revêt des postures qui cherchent la reconnaissance collective, et c’est à ce titre que que nous engageons nos corps dans des attitudes porteuses de sens. Certes nos rôles diffèrent selon les lieux dans lesquels nous sommes présent.e.s et nous ne sommes pas assigné.e.s à un seul personnage. Mais il n’en reste pas moins vrai que c’est l’ensemble de notre agencement spatial qui est concerné par une forme de mise en scène, plus ou moins consciente d’un rôle que l’on attend de nous. Si la sociologie et l’anthropologie ont creusé la résonnance des outils théâtraux dans l’organisation quotidienne de nos interactions, la géographie qui se veut pourtant une science des lieux et des « acteurs » ne s’est que peu intéressée à la richesse du croisement entre pratiques théâtrales et logiques spatiales de présentation de soi.

 

Au-delà de ce constat théorique, ma thèse s’intéresse au théâtre comme une méthodologie. Basé à Sirubari, un village au centre du Népal, mon terrain -initialement centré sur le tourisme et les rapports de genre- se focalise aujourd’hui sur la question de la production de savoirs. Soucieuse de participer à une connaissance qui ne déprive pas mais qui encapacite les acteurs, mon travail a cherché des outils de recherche participative dans le prolongement des épistémologies féministes et des méthodologies PAR (Participatory Action Research). Le « Théâtre de l’opprimé » (Augusto Boal) est devenu de facto un outil pour engager une réflexivité partagée sur ces rôles sociaux inégalement distribués. Cette posture méthodologique refuse la définition du terrain comme un lieu où récolter de la donné ‘sur’ des populations, pour lui opposer un dispositif qui médiatise des voix subalternes au moyen de la scène. Le corps, les émotions et le quotidien sont à la base de cette proposition de recherche participative.

 

Le « théâtre de l’opprimé » (TO) est une invention du metteur en scène brésilien Augusto Boal (1970) qui est aujourd’hui récupéré dans de nombreux pays. Il comprend un ensemble d’outils pour mettre en scène des vécus conflictuels ou structurellement violent. L’intérêt de ce théâtre n’est pas de faire une représentation en public ni même d’offrir un divertissement. Il consiste au contraire à tester soi-même via l’espace de la scène, une compréhension des rapports de force. Opéré par des habitant.e.s sans prérequis artistiques, le TO permet à la fois d’identifier la nature des violences sociales, d’en délibérer collectivement, et d’y apporter des solutions opérantes par un effort de re-présentation. La récupération par la recherche de ce théâtre, propose de dépasser la frontière instituée entre chercheur.e et enquêté.e , de sorte à ce que les récits énoncés ne soient pas de simples témoignages, mais des matériaux pour nourrir la construction d’une justice sociale.

 

Ainsi, ma proposition de recherche menée avec Pariksa Lamicchane -une comédienne professionnelle de Katmandou, se fonde sur des ateliers de théâtre qui sont des dispositifs d’écoute et d’expression. La méthodologie du théâtre de l’opprimé a cette spécificité de s’ancrer dans tous les contextes sociaux dans la mesure où il part de la matérialité concrète des vécus circonstanciés. Il s’avère toutefois particulièrement intéressant dans le milieu rural népalais, engageant une population principalement illettrée, avec de puissantes normes prescriptives en fonction du genre et des castes d'appartenance. Cinq courtes pièces de théâtre ont été jouées à Sirubari sur la base d’une participation volontaire (trois menées avec des adolescents de castes confondues et deux menées avec des groupes distincts de femmes). Chacun des ateliers et des représentations sont l’occasion d’interroger les modalités par lesquels l’espace est représenté, dans ce lieu spécifique du huis clos et sur un plateau qui se dégage petit à petit des normes de bienséance. Cette méthodologie qui renouvelle une approche participative en géographie sociale est aussi une occasion de relire la pauvreté autrement que par une condamnation annoncée d’un manque de ressources.  Ainsi: comment la recherche artistique permet de comprendre les oppressions de genre et de caste pour y apporter des solutions par le bas ? Qu’est-ce que le théâtre apporte à la géographie, mais aussi comment penser une éthique de la recherche ? Cette thèse se propose d’affronter lesdites questions par une expérimentation d'aptitudes concrètes à la participation.