Thomas Reverdy

Professeur des universités
Portrait de reverdth
Affiliation : 
Grenoble INP
Statut : 
Professeur des universités
HDR
Habilité(e) à diriger des recherches
Permanent.e
Domaines de recherche : 
sociologie des organisations
Sociologie économique
Équipe de recherche : 
Bureau : 
KM16

Onglet(s)

Présentation

Sociologie économique : les politiques néolibérales à l'épreuve dans les secteurs énergétique et industriel

Ces vingt dernières années, les mécanismes de marché ont été introduits en Europe pour organiser le secteur énergétique et piloter la transition écologique. Ces tentatives, guidées par le régime européen de la concurrence, ont donné lieu à de nombreux ajustements et de nombreuses exceptions. En France le marché de l'électricité a été totalement contourné par une politique de contrôle tarifaire, en réponse à une demande politique consensuelle. Les instruments de marché de la transition écologique, les certificats verts ou blancs, ont été contournés, complétés ou abandonnés, à tel point que l'on peut considérer que ces adaptations constituent un véritable découplage par rapport aux principes initiaux de ces instruments. Le marché des quotas d'émission de gaz à effet de serre a été relancé récemment, non sans provoquer de vives controverses sur son organisation concrète. 

 

Le projet libéral a beaucoup progressé sur les différents enjeux environnementaux, sans démontrer sa pertinence, et pour finalement, être amendé à un tel point que l'on peut se demander si finalement, il ne cache pas un retour d'un contrôle administratif plus direct de l'allocation des ressources.  Thibaut Fonteneau étudie comment la politique de soutien aux énergies renouvelables a été libéralisée par le biais de l'autoconsommation... En quoi l'Etat reste-t-il présent, par exemple dans la définition et l'affectation des taxes et le contrôle des échanges d'énergie ? Comment les biens publics, comme le réseau électrique, sont-ils finalement pris en charge dans ce contexte ?  

 

Les enjeux environnementaux conduisent régulièrement à des exceptions au régime de la concurrence, car ils peuvent être considéré comme des "défaillances de marché". L'économie circulaire offre une bonne illustration de ces exceptions avec la Responsabilité Elargie des Producteurs ou le pilotage de la gestion des déchets par des éco-organismes, structures partenariales entre Etat et acteurs économiques. L'enquête de Vincent Jourdain montre néanmoins le coût institutionnel et politique de ces exceptions entraine leur fragilité et limite leur élargissement à de nouveaux enjeux comme la durabilité ou la réparabilité des produits. 

 

Les politiques industrielles, très fortement encadrées par le régime de la concurrence, ont été longtemps limitées à aux soutiens à la R&D et à l'innovation. Avec le plan de relance, Michael Fernandes observe qu'elles débordent vers des soutiens plus lourds de véritables filières industrielles. Comment ces exceptions nouvelles sont-elles justifiées sur le plan politique et institutionnel ? Quels bénéfices, quels enjeux sont visées par ces politiques ? Quels en sont les bénéficiaires ? 

 

Ce programme de recherche vise donc à comprendre les différentes influences à l'oeuvre dans les ajustements de ces politiques, adhésion à des modèles institués par la théorie économique, controverses techniques, mobilisation politique. Plus précisément, il s'agit d'examiner le travail de régulation par les autorités administratives et des autorités indépendantes, au carrefour entre ces différentes influences. 

 

Sociologie des organisations : la conduite de projet face aux incertitudes 

 

Les incertitudes et la complexité sont les deux principales limites de l’organisation bureaucratique. Mais elles constituent aussi le fondement des relations de coopération. L’analyse de la nature des incertitudes et des facteurs de complexité est donc utile pour comprendre comment les rôles organisationnels et les relations de coopération se recomposent dans une organisation.

 

J’ai réalisé pendant plusieurs années des enquêtes sur la prise en charge des incertitudes dans le cadre de projets industriels complexes soumis à de fortes contraintes temporelles (délais contractuels, durée d'indisponibilité) et à de fortes exigences de prévention (risque environnemental, risque industriel, risque accidentel). Un ouvrage publié par Dunod, propose une synthèse de ces enquêtes. Il met en évidence comment des méthodes formelles de pilotage de projet peuvent participer à un « déni de l’incertitude », véritable pathologie des organisations par projet, dans la mesure où il décourage l’expression des alertes et les capacités collectives d’adaptation.

 

Mes enquêtes se déplacent actuellement vers l’étude des dynamiques d’appropriation des nouvelles technologies de l’« Usine du Futur » ou de l’« Industrie 4.0 » : interfaces numériques et technologies portées, équipements de mesure reliés à internet, possibilités de collecte de données, nouvelles capacités de calcul, intensification de l’automatisation, usage de l’intelligence artificielle. A la suite des travaux fondateurs de Steve R. Barley en sociologie des techniques, je m’interroge sur les recompositions des rôles et des compétences autour de ces nouvelles technologies au sein des usines.

 

La crise de la COVID 19 a entrainé une accélération de la digitalisation dans le pilotage d’activités industrielles, en parallèle de la mise en place du télétravail. Dans ce contexte, je m’intéresse aux recompositions des tâches entre les salariés « présents » et les salariés à « distance », ainsi que les rivalités professionnelles qu’elles réactualisent.