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Présentation de travaux : les frontières Niger–Algérie et franco-italienne

Séminaires et ateliers / Justice sociale, Séminaire Justice Sociale

Le 21 avril 2026

Institut d'Urbanisme et de Géographie Alpine - Salle des actes

Photo de Mister Lis: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/photographie-selective-d-une-cloture-en-bois-9451257/

Avec Rhoumour Tchilouta et Sarah Bachellerie

Au moment où La Frontière est au coeur de l'exposition temporaire jusqu’au 2 janvier 2028 à la Cité des sciences et de l’industrie (grâce au concours d’Anne-Laure Amilhat Szary et Cristina Del Biaggio, commissaires de l’exposition), le séminaire de l’équipe JS propose 2 présentations de ses membres associés travaillant explicitement sur les frontières. L’usage de la visioconférence pour cette séance rend compte également de la réalité matérielle de ces frontières.

Rhoumour Tchilouta : Gouvernance frontalière extractive: Formalisation de l'exploitation artisanale de l'or, déportation et production d'environnements hostiles à la frontière Niger–Algérie.

Fondée sur des recherches menées en 2025 à Assamaka et Tchibarakaten, cette communication analyse la frontière nigéro-algérienne comme dispositif de production de la mort. Elle examine la convergence de deux formes de mobilité contrainte : celle des Subsahariens soumis aux rafles dans les centres urbains algériens, et celle des orpailleurs déplacés vers les zones frontalières par la formalisation de l'extraction aurifère au Niger, où ils subissent la répression de l'armée algérienne. Ces populations partagent un même destin : déportation, confiscation systématique des biens et abandon au Point Zéro dans des conditions létales.

La violence ne s'achève pas avec la traversée du désert. À Assamaka, l'accès à l'assistance de l'OIM demeure conditionné à l'acceptation du « retour volontaire » — dispositif qui exploite la vulnérabilité produite par la déportation elle-même. La violence engendre le dénuement ; le dénuement fabrique le « consentement ». L'extraction biométrique accompagne ce processus, inscrivant les corps dans des régimes de surveillance excédant le cadre humanitaire.
Mobilisant la nécropolitique et les environnements hostiles, cette recherche élabore le concept de gouvernance frontalière extractive : un régime articulant contrôle des frontières, exploitation des ressources et captation des données pour gouverner les populations mobiles. L'analyse démontre que la létalité observée procède d'une architecture délibérée, impliquant pratiques étatiques nigériennes et algériennes autant que financements européens.

Mots-clés : nécropolitique, environnements hostiles, gouvernance frontalière extractive, déportation, orpaillage artisanal, externalisation des frontières, Point Zéro, Niger, Algérie

Sarah Bachellerie : « Eco-frontiérisation » et violence environnementale dans les espaces touristiques à la frontière franco-italienne.

La notion « d'éco-frontiérisation » (ecobordering, Turner et Bailey 2022) désigne la façon dont la « nature » est construite comme un objet à protéger pour justifier la mise sous contrôle policier des espaces montagneux et l’exercice d’un contrôle ciblé contre certaines catégories de personnes en migration. En mobilisant une approche géo-historique et s'appuyant sur le cadre d'analyse de l'écologie décoloniale, cette présentation retrace l'évolution du triple « front écologique » (Guyot 2017), touristique et militaire qui a marqué les terres frontalières alpines au cours du XIXe siècle. Le contrôle, visant à l’origine le maintien de l’ordre des populations locales, s'est progressivement réorienté à la fin du XIXe siècle pour cibler des populations spécifiques, construites comme « indésirables » en fonction de leur classe sociale, leur nationalité, puis leur « race », tandis que les populations locales ont été intégrées à la nation et à l'entreprise touristique et militaire. Le renforcement du contrôle migratoire permet alors de renforcer la militarisation des espaces alpins, dont le dispositif de contrôle produit une violence environnementale exercée spécifiquement contre les populations construites comme indésirables. 

Date

Le 21 avril 2026
Complément date

13h30 -16h30

Localisation

Institut d'Urbanisme et de Géographie Alpine - Salle des actes

Cycle de séminaire

Publié le 13 avril 2026

Mis à jour le 13 avril 2026