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AmiÉtat

L’amiante comme problème d’État : responsabilités publiques, santé au travail et mobilisations dans la fonction publique

Environnements, Projet de recherche

Groupe de personnes devant un tableau blanc
Photographie conservée par le Centre d'histoire du Travail (Nantes). Fonds de l'Intersyndicale Tripode.

Février 2022 - Février 2025

L’amiante comme problème d’État : responsabilités publiques, santé au travail et mobilisations dans la fonction publique

L’équipe

AmiÉtat est un projet collectif qui réunit, sous le nom de Collectif 350 tonnes et des poussières, des chercheur.e.s provenant de disciplines variées et qui est porté, à titre principal, par Renaud Bécot (historien, PACTE), Clémentine Comer (politiste, INRAE-IRISSO), Gabrielle Lecomte-Ménahès (sociologue, CENS), Anne Marchand (sociologue, CHS), Pierre Rouxel (politiste, ARENES).

L’équipe de recherche réunie dans le cadre du projet ANR AmiÉtat est élargie à Thierry Bontems (ingénieur de recherche, Pacte), Véronique Daubas-Letourneux (sociologue, EHESP), Michel Héry (INRS), Renaud Hourcade (politiste, CNRS), Bleuwenn Lechaux (politiste, Rennes 2), Gwenola Le Naour (politiste, Sciences Po Lyon).

Le Collectif 350 tonnes et des poussières s’est initialement constitué pour une recherche exploratoire sur un fonds d’archives déposé au Centre d’histoire du travail (CHT, Nantes). Le CHT est ainsi un partenaire important dans ce programme, pour la consultation des archives comme pour la valorisation ultérieure des résultats de l’enquête.

Le point de départ de cette recherche réside dans le constat que l’exposition des agent.e.s de la fonction publique aux matériaux toxiques a longtemps constitué un impensé pour les décideurs publics comme pour les sciences sociales. Sur cette base, notre projet vise à comprendre la construction du problème public de l’amiante dans la fonction publique des années 1970 à nos jours, en s’intéressant aux mobilisations professionnelles et à l’évolution des régulations étatiques sur le sujet.

Ce programme de recherche permet d’étudier la triple responsabilité de l’État, comme législateur, régulateur et employeur, en matière de prévention et de reconnaissance des maladies liées à des contaminations professionnelles en s’appuyant sur les procédures relatives à l’affaire du Tripode, bâtiment emblématique de la décentralisation administrative, construit à Nantes (inauguré en 1971) et ayant regroupé plus d’un millier d’agent.e.s relevant de trois tutelles ministérielles (Affaires étrangères, Finances publiques et INSEE). Par sa durée et son ampleur, la lutte menée à l’échelle de ce bâtiment administratif est un poste d’observation privilégié pour étudier la manière dont les agent.e.s, et leurs organisations syndicales, construisent l’amiante comme un enjeu légitime au sein de leurs administrations et font évoluer les procédures de reconnaissance et les réglementations applicables, pensées depuis les années 1970 pour le seul secteur privé.

Le collectif pluridisciplinaire réuni pour ce projet se propose de croiser les méthodes de l’histoire, de la science politique et de la sociologie. D’une part, les chercheur.e.s mobilisent des archives écrites provenant de centres d’archives distincts : des archives publiques (Archives nationales, Archives départementales, Centre des archives économiques et financières, etc.) comme des archives privées (archives syndicales, archives conservées par des militant.e.s, etc.). Un travail étroit est mené avec le Centre d’histoire du travail (Nantes). D’autre part, une large campagne d’entretiens est organisée auprès des actrices et des acteurs de la reconnaissance du risque-amiante dans la fonction publique : ancien.ne.s agent.e.s, syndicalistes, médecins, élus locaux et nationaux, ou encore responsables des administrations centrales.

Le projet se décompose en quatre axes, qui structurent la réflexion et organisent le travail de recherche.

  • Un premier axe s’intéresse au syndicalisme et aux relations professionnelles. Il s’agit, premièrement, d’étudier la mise en place des instances de représentation du personnel permettant de mettre à l’agenda la question de la santé au travail et d’analyser dans le même temps la manière dont les acteurs – représentants syndicaux, représentants des directions centrales, responsables administratifs, hauts fonctionnaires, etc. – les investissent à différentes échelles, depuis celle du bâtiment inter-administratif du Tripode jusqu’au niveau ministériel. Deuxièmement, nous cherchons aussi à comprendre en quoi le contexte local ligérien, notamment du fait de la présence des chantiers navals, a pu être favorable à l’émergence de dynamiques contestataires autour de la santé au travail dans la fonction publique. Enfin troisièmement, déployer l’enquête sur une mobilisation étendue sur près d’un demi-siècle permettra aussi d’explorer les conditions de réussite d’une dynamique syndicale unitaire sur le temps long, relativement exceptionnelle au regard d’autres conflits du travail.
  • Le second axe s’intéresse à la construction des savoirs de santé et des dispositifs de surveillance sanitaire dans la fonction publique d’État. Il s’agira de questionner le rôle de la médecine de prévention, qui exerce un poids déterminant en matière d’expertise des maladies professionnelles. Il s’agira également de rendre compte de l’action des syndicalistes pour faire reconnaître expositions et maladies mais aussi, en amont, pour obtenir l’élargissement de la surveillance médicale clinique. Si ces enjeux, techniques, amènent souvent à la spécialisation de militants experts, parfois jusqu’à la professionnalisation de certaines activités syndicales, il s’agira d’interroger en quoi l’usage de l’expertise fait l’objet d’une réflexion plus large et partagée, qui ne mobilise pas uniquement les experts-militants.
  • Un troisième axe a pour objectif d’enrichir la compréhension des processus qui conduisent à faire de l’amiante un problème public. Les travaux de sciences sociales tendent à souligner que les conflits sur l’amiante seraient circonscrits à certaines périodes (les années 1970, le milieu des années 1990) et à certains groupes d’acteurs (les salariés de l’industrie, les consommateurs, les « usagers » des équipements publics), qui invisibilisent les agent.e.s de la fonction publique et leurs mobilisations. De plus, il s’agira également de comprendre comment et pourquoi les pouvoirs publics élaborent différentes catégories d’exposition à l’amiante (en particulier les catégories « d’exposition intramurale passive » et « d’exposition environnementale »), qui instaurent une différenciation et une hiérarchisation entre les différentes professions exposées à l’amiante.
  • Un dernier axe s’intéresse aux circulations nationales et internationales d’informations et d’expertises relatives aux procédures d’évaluation des risques et de la toxicité de l’amiante. Le projet se propose de mieux saisir comment le transfert de l’expertise entre différents pays participe à la fois à légitimer des mouvements sociaux localisés, tout en portant des propositions de transformation des réglementations européennes. Il s’intéresse pour cela au rôle joué par des « passeurs », militants et scientifiques, qui requalifient le problème de l’amiante en enjeu de santé publique.

Ce projet AmiEtat est financé par l’Agence Nationale de la Recherche au titre du projet ANR-21-CE36-0005-01, de février 2022 à 2025. Il a préalablement bénéficié du dispositif « Amorçage » du GIS Gestes (projet EtAmiante, 2021-2022, accueilli au Centre d’histoire sociale des mondes contemporains).

Informations et actualités du projet de recherche

Articles de revues

Collectif 350 tonnes et des poussières (Renaud Bécot, Clémentine Comer, Gabrielle Lecomte-Ménahès, Anne Marchand et Pierre Rouxel), « Un compromis modernisateur. La santé au travail dans la fonction publique comme contrepartie à la réforme de l’État », 20 & 21. Revue d’histoire, n°159, 2024 (à paraître)

Collectif 350 tonnes et des poussières (Renaud Bécot, Clémentine Comer, Gabrielle Lecomte-Ménahès, Anne Marchand et Pierre Rouxel), « Une épidémiologie paritaire ? Luttes de définition et de savoirs sur les outils de surveillance de la santé dans la fonction publique », Travail et Emploi, « Risques professionnels : une santé sous surveillance ? », n°169-170, 2024 (à paraître)

Communications

Colloques internationaux

Collectif 350 Tonnes et des poussières, « A civil servants working class ? Women from working-class backgrounds' relationships to administrative work and asbestos risk at a time of deindustrialization in Nantes (France), 1972-1993 », Gender, Family and Deindustrialization conference, University of Strathclyde, Glasgow, June 25-26, 2024 (proposition acceptée).

Gabrielle Lecomte-Ménahès et Olivier Crasset, « Entre rapports individuels et collectifs : que fait le genre à la prévention secondaire du risque amiante ? », Colloque Le travail dans tous ses états : effets sur la santé. Des temps, des espaces, des collectifs et des rapports de pouvoir, Fribourg, 29-30 juin 2023.

Colloques nationaux

Collectif 350 Tonnes et des poussières, Renaud Becot, Anne Marchand, « L’amiante, le fonctionnaire et l’européanisation de la contre-expertise. Circulations transnationales de savoirs et mobilisations dans la fonction publique d’État », Colloque « Syndicalisme et environnement :  approches historiques et sociologiques (XIXe-XXe siècles) », Paris, 30 novembre et 1er décembre 2023.

Gabrielle Lecomte-Ménahès, « Négocier la santé au travail dans la fonction publique : l'obtention exceptionnelle d'un suivi médical post-exposition à l'amiante », Congrès de l'AFS, Axe RT19 x RT18 : La santé au cœur de la négociation collective, Lyon, 4 au 7 juillet 2023.

Gabrielle Lecomte-Ménahès, « Rendre visible l’invisible : le suivi médical comme outil de reconnaissance d’une exposition à l’amiante dans la FPE », colloque Des fonctionnaires immunisés ? Invisibilité de la santé au travail dans la fonction publique, Nantes, 26 novembre 2022.

Journées d’études

Renaud Becot, Anne Marchand, « L’anxiété au bureau. Usages du préjudice d’anxiété par les (anciens) fonctionnaires du Tripode – Nantes », Journée d’études Quelle prévention secondaire pour les retraités à risque de cancer professionnel ? Brest, 19 décembre 2023.

Renaud Becot, Anne Marchand, « La toxicité par-delà le travail industriel. Circulation transnationale de l’expertise sur l’amiante dans les administrations publiques, 1975 - années 1990 », Entretiens Jacques Cartier. Invisibilité de la santé au travail dans le secteur public : une comparaison France / Québec, Grenoble, 9 octobre 2023.

Gabrielle Lecomte-Ménahès, Benoît Bacher, « Une prévention sans moyens ? les médecins face au risque amiante dans la fonction publique d’État », Entretiens Jacques Cartier. Invisibilité de la santé au travail dans le secteur public : une comparaison France / Québec, Grenoble, 9 octobre 2023.

Collectif 350 tonnes et des poussières (Renaud Bécot, Clémentine Comer, Gabrielle Lecomte-Ménahès, Anne Marchand et Pierre Rouxel), « Une fonction publique immunisée face au risque amiante ? L’Intersyndicale du Tripode (Nantes) et la reconnaissance des préjudices de santé pendant les années Mitterrand », journée d’études La rose et les Verts. Une histoire environnementale de Mai 1981 et des « années Mitterrand », Paris, 23 et 24 juin 2021.

Séminaires

Collectif 350 tonnes et des poussières (Renaud Bécot, Clémentine Comer, Gabrielle Lecomte-Ménahès, Anne Marchand et Pierre Rouxel), « L’amiante comme problème d’État. Responsabilités publiques, santé au travail et mobilisations dans la fonction publique », Les webinaires de Sciences Po Grenoble – UGA, mai 2022, en ligne : https://www.youtube.com/watch?v=FbpzW_IuuxE

Collectif 350 tonnes et des poussières (Renaud Bécot, Clémentine Comer, Gabrielle Lecomte-Ménahès, Anne Marchand et Pierre Rouxel), « Une épidémiologie paritaire ? Luttes de définitions et de savoirs sur les outils de surveillance de la santé dans la fonction publique », Séminaire PRATO, Université de Paris, 26 novembre 2021.

Responsable du projet : 

Renaud Becot

Contact : 

Contact du Collectif 350 Tonnes et des poussières

350tonnesetdespoussieresatgroupes.renater.fr (350tonnesetdespoussieres[at]groupes[dot]renater[dot]fr)

Participant·es du laboratoire : 

Renaud Bécot

Thierry Bontems

Gabrielle Lecomte-Ménahès

Participant·es hors labo : 

Clémentine Comer, Anne Marchand, Pierre Rouxel, Véronique Daubas-Letourneux, Michel Héry, Renaud Hourcade, Bleuwenn Lechaux, Gwenola Le Naour.

 

Autres partenaires : 

Centre d'histoire du travail

Type de projet : 

ANR

Publié le 31 mars 2023

Mis à jour le 19 janvier 2024